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6 femmes sur la Solitaire 2017

Publie le 31/05/2017

(Texte extrais de l’Event Magazine, disponible à la vente sur le stand 727 du village de La Solitaire URGO Le Figaro à Bordeaux – à moment de réaliser cette interview, Sophie Faguet n’était pas encore inscrite à la course) Texte rédigé par Camille El Beze On se rappelle la victoire d’étape et la 5ème place de Clare Francis en 1975 lorsque la course s’appelait encore la course de l’Aurore, Isabelle Autissier et Samantha Davies sont venues y faire leur classe avant de briller sur les Tours du Monde, Karine Fauconnier et moi avons réussi à accrocher le fameux Top Ten, Isabelle Joshke compte six participations ; d’autres encore ont apporté leur touche à cette grande classique.

En moyenne, La Solitaire compte entre zéro et 6 femmes au départ de chaque édition sur la quarantaine de concurrents. Toutes, nous avons du répondre à ces questions récurrentes sur la place de la femme dans la Course au Large ; mais alors comment répondre à la question « pourquoi y a-t-il si peu de femmes sur La Solitaire ?» Ou comment, lorsque nous n’avons jamais été « homme », répondre à « est-il plus facile pour un homme que pour une femme de performer ? ». Au lieu de les interroger sur ce qu’elles ne sont pas, interrogeons les prétendantes de 2017 sur ce qu’elles sont, sur leurs objectifs, leurs entrainements, leurs préoccupations de navigatrice. Et réjouissons-nous que la Course au Large fasse partie avec l’équitation et l’automobile des trois sports mixtes ; des sports à la carrière longue où la capacité physique n’est pas la clé du succès.

Les cinq femmes de notre cru 2017 ont entre 30 et 42 ans, ce qui est l’âge moyen des coureurs ; elles mesurent entre 1,55m et 1,80m à l’image des différences de gabarit qui existent entre les hommes. Elles sont jolies, souriantes et accessibles jusqu’au moment où la compétition impose son besoin de concentration et d’engagement. Cécile, Justine et Mary reviennent pour une deuxième année. Alexia et Nathalie sont bizuths ; de toutes jeunes figaristes !

Pourquoi venir courir La Solitaire ?

Mary : Courir sur le circuit Figaro Bénéteau est l’occasion de progresser en course au large. En solitaire tu dois tout gérer sur une course incroyable avec beaucoup de bateaux. J’espère courir encore lorsque le Figaro Bénéteau 3 sortira.

Alexia : Ça fait des années que je veux faire La Solitaire, cette course est un gros challenge, très technique et un bon moyen pour moi de préparer mon objectif : le Vendée Globe 2020. J’ai enfin un budget pour m’aligner au départ de l’édition 2017. Aujourd’hui, je navigue aussi en Diam 24 sur le projet « Pays de l’Or-Hérault » et sur un plan Farr, un ketch de 35 mètres. Je navigue tous les jours pour multiplier les expériences et parce que ça m’éclate !

Cécile : J’ai navigué en équipage sur des Maxi, c’était le bon moment de venir faire du solitaire pour apprendre plus sur tous les postes. J’espère courir après sur le Figaro Bénéteau 3. En France, si tu fais du solitaire, c’est pour participer au Vendée Globe. Moi, mon objectif est de faire la Volvo Ocean Race !

Nathalie : Je suis une amateur éclairée qui vient réaliser un rêve d’ado ! Quand j’ai commencé à naviguer avec mes parents, Eric Tabarly ou Loïck Peyron étaient mes idoles. J’affectionne la monotypie où le marin fait la différence. J’aimerais courir la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, le Fastnet et le Sydney – Hobart ! Cette année est aussi spéciale à titre personnel puisque je fête les dix ans de la rémission de mon cancer, c’est la célébration de la vie !

Justine : J’aime le circuit Figaro Bénéteau et La Solitaire pour la monotypie et le haut niveau des coureurs. J’ai envie de progresser au maximum dans cette série parce qu’elle valide un réel niveau. Et j’espère, à l’avenir, découvrir le Figaro 3.

Sophie : La Solitaire c’est une peu la suite logique pour moi. J’ai fait 4 à 5 années de Tour de France à la Voile en équipages, qui étaient les premières courses offshores pour moi. Du coup après avoir essayé tous les postes sur ce bateau sauf la navigation et la barre, j’ai envie de compléter mon curriculum en me testant en solitaire au large.

Comment appréhendes-tu La Solitaire URGO Le Figaro 2017 ?

Mary : 2017 sera ma deuxième année. Par rapport à l’année dernière, je sais ce qui m’attend. Je sais que la course sera super dure. Je ne sais même plus mes places sur les étapes de la Solitaire 2016 ! Je veux juste continuer à apprendre !

Alexia : Je viens sur La Solitaire URGO Le Figaro, décomplexée. La place de 3ème sur la Transat Ag2r LA MONDIALE avec Laurent Pellecuer, en 2014, me permet de penser que tout est possible. Bien sûr je vise le classement bizuth mais je ne veux pas me mettre la pression.

Cécile : C’est ma deuxième saison et j’ai un sponsor ! C’est déjà une victoire énorme par rapport à l’année dernière. Je peux me concentrer sur le sportif !

Nathalie : Pour moi, tout est nouveau ; le bateau et même le terrain de jeu. Si j’ai passé 2 jours aux Glénan et traversé une fois la Manche, c’est le maximum de mon temps passé en Bretagne ou en Normandie!

Justine : Cet hiver, j’ai pu digérer la saison 2016 et me fixer de nouveaux objectifs pour 2017. Je sais où je vais pour cette deuxième année. Je trouve juste les journées trop courtes
pour affiner tous les paramètres de la performance autant que je le voudrais !

Sophie : Je l’appréhende beaucoup mieux qu’il y a deux ans quand j’étais aussi au départ de bordeaux, parce que cette année j’ai un peu plus d’expérience dans l’exercice. C’est un endroit que je connais un petit peu et surtout je suis un peu plus prête et plus sereine. J’ai une meilleure préparation du bateau cette année, j’ai un préparateur qui fait mon travail, ce que je faisais il y a deux ans toute seule, j’ai donc déjà pu commencer travailler sur la navigation et la météo, ce qui est très bien.

Comment t’es-tu préparée? Quels sont tes points forts ?

Mary : De mon expérience en Match Race, j’ai confiance en mes départs et sur les premiers bords de près. Je suis même sortie quatrième du parcours de départ l’année dernière, j’étais
super contente. Maintenant, je dois apprendre à durer sur les étapes ! Je me suis entrainée à Cowes avec Nick Cherry, Will Harrys et Sam Matson ; nous avons échangé au maximum pour profiter les uns des autres.

Alexia : j’ai l’expérience du large et j’ai confiance en mon instinct. En même temps, je sais que ca ne va pas être facile. J’ai eu la chance de m’entraîner au CEM (Centre d’entrainement
de Méditerranée) avec des gens d’expérience comme Laurent Pellecuer ou Mike Cohen. Comme nous étions un petit groupe, nous avons pu beaucoup échanger sous la houlette de Kito De Pavant, Christopher Pratt et de Julien Gayraud.

Cécile : J’ai une envie énorme et j’aime puiser dans mes réserves. J’ai fait des erreurs de bizuth l’an dernier que j’ai pu analyser ; ça va forcément m’aider pour cette année. Je me suis entrainée au Centre d’entrainement Finistère Course au Large, avec les meilleurs, c’est très dur de rester à leur contact !

Nathalie : Les 20 000 nautiques que j’ai courus me permettent d’être sereine quand à la gestion du pilote et du matos par exemple. J’ai vécu des situations qui donnent confiance dans ta capacité à gérer. J’ai calé mon entrainement sur 2 axes. D’abord, trouver la « speed » à toutes les allures. Ensuite pour l’aspect stratégique, je régate en Baie de San Francisco et les conditions sont plus proches de la Bretagne que de Malibu Beach ! Je fouine sur internet pour récupérer des infos sur les courants, la météo ou les zones de course où nous allons évoluer. J’ai aussi collecté des conseils auprès de Figaristes comme Pascal Desmaret ou Corentin Douguet, merci à eux.

Justine : Je suis plutôt à l’aise avec ma vitesse, je vais valider ça sur les premières courses de la saison. Je me suis entrainée à Lorient avec Tanguy Leglatin avec qui je travaille depuis longtemps. Humainement et techniquement, j’ai vraiment confiance en lui. Notre groupe d’entrainement était riche de la présence d’Adrien Hardy (plusieurs victoires d’étape à son actif) et de Vincent Biarnes. Et puis il y avait Tanguy Le Turquais qui est bizuth cette année et avec qui je m’étais entrainée pour la Mini Transat.

Sophie : Mon point fort cette année c’est mon bateau, que j’ai été cherché en Angleterre. Ce n’est pas le même que j’avais les deux années précédentes, là c’est un bateau qui est très propre, qui a, je pense, un beau potentiel vitesse et heureusement, parce qu’à côté de ça je n’ai pas pu me préparer beaucoup. Autant les deux dernières années j’étais en entrainement à Port la Forêt, autant là on a trouvé le budget très tardivement. J’ai seulement fait la solo Normandie et la solo Maître CoQ (et un ou deux convoyages entre ces deux régates) donc je vais manquer un peu d’entrainement mais je vais essayer de palier ça avec toute la motivation et l’énergie possible.

La Solitaire est souvent marquée par des étapes dites « de bûcheron » ou par de la grosse pétole épuisante pour les nerfs. Y a-t-il des conditions que vous affectionnez ou d’autres que vous appréhendez ?

Mary : J’ai un bon feeling avec le « light wind », juste avant qu’on ne ballaste (en dessous de 8nds). J’aime aussi les conditions sportives où je m’engage physiquement. Pour moi le plus dur est le temps médium !

Alexia : J’adore le portant, ça me rappelle notre Transat Ag2R LA MONDIALE et des heures que je pouvais passer à la barre à faire avancer le bateau. Pour l’instant, je ne prends pas
de plaisir au largue serré. C’est une allure très technique où je ne sens pas encore le bateau.

Cécile : Je n’ai pas de conditions préférées, je m’adapte juste au « programme » météo.

Nathalie : La Californie du Nord est une région super ventée et j’ai déjà pu apprécier de faire 3-4 jours sous spi dans 35nds à surfer entre 17 et 19nds. J’ai un super feeling avec mon
Figaro pour ces moments-là. Je redoute plutôt la pétole où le pilote barre mal et tu dois être concentrée ! De toute façon, la plus grosse inconnue pour moi, c’est la gestion de parcours côtier et la stratégie…

Justine : je fais avec les conditions que j’ai. De toute façon, ventée et dure pour les manœuvres ou pétoleuse et stressante pour la stratégie, la météo est la même pour tout le monde !

Sophie : La prochaine étape (ndlr : Bordeaux-Gijon) ressemblera plus à une étape de bucheron… Moi j’aime bien les longs bords sous spi même dans 25/30 nœuds ça ne me dérange pas. Il faut qu’il y ait un peu de tout, j’aime bien la pétole, qui ne me dérange pas non plus.

Est-ce que vous avez des références dans le circuit ? et qu’est ce qui vous inspire chez ses marins ?

Mary : J’ai hâte de naviguer contre Yann Elies qui rentre du Vendée Globe et qui a quand même gagné 3 fois La Solitaire ! L’année dernière, j’étais particulièrement impressionnée par
Charlie Dalin. Il travaille dur, semble super calme, gère complètement son bateau. Même quand il prend un mauvais départ, il est capable de revenir en tête de la course.

Alexia : Sûrement Nicolas Lunven pour son talent, sa navigation raisonnée et propre, il est « classe » !

Cécile : Les parcours de Franck Cammas ou de Charles Caudrelier m’inspirent beaucoup. Gagner La Solitaire puis gagner la Volvo Ocean Race ou y faire une perf, le rêve !

Nathalie : Je ne connais personne ! Juste à travers la presse spécialisée, j’ai suivi François Gabart, Armel Le Cléac’h et Yoann Richomme. J’avais vu des reportages où François Gabart expliquait la manière dont il préparait sa météo alors j’essaie de copier !

Justine : Un reportage sur François Gabart et le centre d’entrainement de Port La Forêt m’avait beaucoup marqué et inspiré. Maintenant, quand je me rends compte de la difficulté de
gagner La Solitaire, me dire que Beyou et Elies l’ont gagnée 3 fois, c’est vraiment impressionnant.

Sophie : Des références j’en ai quelques-unes en termes de performances, parce que je m’entrainais à port la forêt donc c’est facile. Ceux qui m’ont le plus marqué sur les deux années que j’ai faite en solitaire c’était Adrien Hardy notamment. De par sa façon de naviguer, qui dénotait un peu par rapport à celle des autres. Il donne des coups qui sont souvent justifiés et réfléchis et je trouve que si j’ai une référence à avoir en solitaire c’est plutôt lui.

Vos sponsors et vous…

Mary : Avec mon sponsor Inspire +, l’objectif est d’encourager les enfants et en particulier les petites filles à faire du sport. Si je peux les inspirer de part mon engagement, je serais
très fière.

Alexia : Piqd.com, société allemande, a décidé de me suivre pour m’encourager dans ma volonté d’être au départ du Vendée Globe 2020. Et je suis fière de hisser un spi avec plein de
cœurs pour l’association « sauvez le cœur des femmes ».

Cécile : Eclisse a adhéré à ma démarche sportive, mon enthousiasme et mon envie de partager mon quotidien de sportive. Je pense qu’ils sont aussi contents d’accompagner une femme sur cette course où nous sommes peu nombreuses.

Nathalie : J’ai un partenaire, la Fondation du Richmond Yacht Club de la Baie de San Francisco mais je cherche encore du complément (date ITW 13/03). J’ai un profil atypique. Les médias vont forcément faire un focus sur mon ancien cancer mais dans ma vie d’entrepreneuse, j’ai rarement choisi la facilité. Aujourd’hui, je suis chef de produit dans la technologie ; j’ai choisi la branche business du boulot d’ingénieur.

Justine : Avec Teamwork qui me suit depuis 2013, on est venu sur le circuit Figaro Bénéteau dans une démarche d’apprentissage et de performance. On savait que les résultats ne seraient pas là tout de suite donc on travaille, on apprend.

Sophie : Porsche, partenaire principal du bateau, qui est venu me chercher il y a deux ans et a souhaité continuer cette année et j’espère qu’on continuera sur d’autres projets. Ce qui est génial avec ce sponsor c’est qu’il me suit moi, donc si demain je veux me lancer dans un autre projet voile, je pense qu’il suivra. Il est plein de bonne volonté et suit à fond le projet. Et puis l’autre sponsor principal du bateau c’est Corben. C’est une entreprise havraise qui a maintenant 11 ans d’existence et au baptême du bateau toute l’équipe de la boite était là donc c’était super de les voir tous avant le départ.

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