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Le sommeil des marins.

Publie le 15/06/2017

Le sommeil a toujours été un sujet de fantasmes et d' « intox » pour le public. Certains skippers disent qu'ils ne dorment pas, d'autres qu'ils dorment 8 heures par jour. Bref, c'est un mystère, et cela restera, même pour eux. Entre ce qu'ils pensent dormir et ce qu'ils dorment vraiment, il y a une marge.

« Si tu dors, t’es mort »

La Solitaire Urgo Le Figaro est une course sur un bateau monotype. La différence se fait donc uniquement sur les qualités du skipper à maîtriser sa machine. Plus le skipper est présent et actif dans la marche du bateau et plus théoriquement le bateau avance vite. Les figaristes vivent tous avec cela en tête. Il faut barrer, régler le plus possible. En gros, si tu dors, t’es mort.

Le manque de sommeil altère les capacités mentales et physiques, finalement s’obstiner à rester à la barre et faire des zig zag sur l’eau parce qu’on le pique du nez nuit gravement à la performance.

Armel Le Cleac’h avait l’habitude de tester sa lucidité en faisant des sudoku, s’il ne parvenait pas à les résoudre, il savait qu’il était temps de se reposer, d’aller dormir.

Le sommeil : une affaire d’expérience.

A leur disposition, les skippers ont un pilote automatique, qui est géré par de l’électronique, il peut aller tout droit ou suivre un angle par rapport au vent. Mais il y a une multitude de finesse de réglages qui font que, si le skipper a bien développé son pilote, celui ci barrera quasi aussi bien que l’humain et surtout dans la durée. Il ne faiblit pas, donc selon les allures de vent dans lesquelles le pilote barre aussi bien qu’eux, certains en profitent pour enchainer des siestes et emmagasiner du sommeil. C’est l’expérience qui permet ce recul et de faire les bons choix.

La position de sommeil n’est pas allongée dans un lit comme on peut s’y attendre, les skippers ont une bannette qui fait partie du matériel de sécurité, mais qu’ils n’utilisent pas, car trop loin des réglages et de l’ordinateur. Ils dorment par tranche de 15 min, qu’ils additionnent au gré des conditions. Généralement, ils utilisent une réveil qui sonne au bout de 15 min, libre à eux de se rendormir 15 min si ils ont vérifié que tout allait bien et que le bateau n’avait pas besoin d’eux. Ce moment de surveillance entre deux siestes est important, car s’ils le font trop vite, les yeux ensommeillés, et le corps encore engourdi, ils peuvent ne pas être assez lucides pour évaluer la situation, l’appel de la sieste est alors trop puissant, et ils retournent se coucher. C’est pourquoi parfois ils ont l’impression d’avoir dormi 10 fois 15 min alors que des siestes supplémentaires, « inconscientes », sont venues s’ajouter.

Je me souviens de Yann Elies, qui en arrivant à Porto en vainqueur, il y a 4 ans, avouait avoir dormi plus de six heures pendant la traversée du golfe de Gascogne. Les conditions s’y prêtaient, le pilote automatique barrait bien, les conditions étaient stables. Les poursuivants arrivés quelques demie heures ou heures plus tard, en entendant cela avaient du mal à l’avaler…

Dormir dans l’inconfort,

Au mieux, ils dorment sur un pouf, mais c’est souvent en ciré sur le fond de coque, avec des sacs de nourriture ou d’affaires de rechange pour faire un oreiller ou se caler. Quand les conditions exigent une présence maximale à la barre, ils essayent de dormir assis au poste de barre, calés par un sac à spi. Ayant déjà eu la chance de naviguer sur les bateaux suiveurs, il n’est pas rare de croiser des bateaux fantômes, personne sur le pont, le bateau filant tout droit, quelques instants après, une tête surgie, hagarde…

Les conditions de sommeil (position, quantité et qualité) font partie des raisons de la présence du cabinet AG2R LA MONDIALE sur cette course. Pendant trois jours ils ne dorment pas les jambes allongées, toujours recroquevillés sur eux, sur un espace constamment mobile et instable, dans l’humidité et l’inconfort vestimentaire, un modèle de vie…

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