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Les mains des marins

Publie le 08/06/2017

A la fois, outil de serrage, de tirage, objet de réconfort, de manifestation du stress, source de plaisir ou de douleur, d'ouverture vers l’extérieur, début de la relation à autrui, la main est un organe essentiel pour gagner La Solitaire URGO Le Figaro.

La main est l’objet de toutes les attentions. Toute l’année pour les marins professionnels, et quelques semaines avant l’épreuve pour les autres, toute blessure, plaie, ampoule, ongle abimé peut devenir un calvaire sous l’effet de l’humidité, de l’eau de mer, de la friction et du serrage.

La peau de la paume de la main est très fine, normalement la plus douce du corps humain. C’est une barrière étanche et sensorielle, due au nombre élevé de capteurs sensoriels, car avant tout, la main sert au toucher, le corps humain est bien fait, il a fabriqué une main avec une peau fine mais résistante et élastique.

L’humidité : l’ennemi des mains

La problématique de la course réside dans l’humidité. L’humidité ambiante, et surtout l’humidité des bouts (cordages), sur lesquels tirent les marins. Au bout de quelques minutes dans l’eau (un bain), la peau des mains et des pieds commence à « flétrir », c’est une propriété naturelle d’élasticité des tissus, qui sert à évacuer l’eau au plus vite et à augmenter le phénomène d’adhérence pour des prises éventuelles (comme un pneu pluie), malheureusement, si vous appliquez une contrainte mécanique excessive à ce moment là, la résistance de la peau est moindre, et le risque d’échauffement, phlyctènes et plaies est accru.

6 semaines pour régénérer les cellules de la main : une éternité pour un skipper de La Solitaire URGO.

Quand le processus est engagé, il va rarement dans le bon sens, le skipper à beau mettre des crèmes, des gants, rincer ses mains à l’eau douce, il aura du mal à régénérer les couches de cellules épithéliales qui assurent la barrière et l’étanchéité de la peau. Il faut six semaines minimum pour renouveler une cellule en parfait état, ce délai n’est pas disponible sur cette course.

Le seul moyen est de s’entraîner toute l’année pour construire de la « corne »ou hyperplasie cellulaire. Suite à une agression mécanique répétée, le corps décide de construire plus de cellules.

Malgré tout, il existe un phénomène inflammatoire global de la main qui va se traduire par un gonflement de la main et des doigts. Plus le ciré est serré, plus il est étanche et plus l’inflammation sera importante, car la circulation sanguine sera perturbée.

Au fil des étapes, c’est de pire en pire, une plaie deviendra une fissure ou gerçure avec le risque d’infection que cela comporte. Plus le skipper est fatigué et sous alimenté, plus la régénération cellulaire est ralentie, un vrai cercle vicieux s’installe.

C’est pourquoi tous les prétendants à la victoire, apportent un soin particulier à la protection de leur main. La prévention est primordiale. Porter des gants, bien s’hydrater la peau les semaines avant l’épreuve et à chaque étape, se rincer les mains à l’eau claire dès que possible, bien s’alimenter, se reposer et s’hydrater….

Malgré cela, au fil des étapes, la situation se détériore, le combat d’utilisation des mains contre la régénération cellulaire est perdu d’avance, les repos aux étapes est de 48h, ce n’est donc pas possible.

Chacun doit gérer son capital, et l’utiliser à bon escient.

Douleurs et souffrances de la main du skipper

D’une étape à l’autre, les mains ne sont pas utilisées de la même manière. Certaines étapes demandent de barrer beaucoup, d’autres de régler beaucoup les voiles, globalement, plus il faut utiliser le spinnaker, plus les mains sont sollicitées, si en plus le vent est fort, ça devient très problématique. Dans le feu de l’action, ils souffrent mais dépassent la douleur, le système hormonal avec les endorphines et l’adrénaline, brouille le message douloureux. Les premiers réglages après une sieste ou un repas doivent être très pénibles cependant.

C’est surtout le lendemain des arrivées, au réveil dans la chambre d’hôtel que la douleur s’installe, c’est parfois elle qui les réveille. Lorsqu’ils arrivent au cabinet médical itinérant AG2R LA MONDIALE, ils en parlent entre eux, évoquent la pénibilité de l’étape, les moments les pires (quand tu crois que tu vas pouvoir te reposer, que tu souffres, mais que tu vois les copains filer et qu’il faut s’y remettre au risque de ne jamais les revoir de la manche) et demandent des crèmes réhydratantes, régénérantes, des massages pour diminuer l’inflammation….

Le simple fait de serrer la main pour dire bonjour peut s’avérer être douloureux, il n’est pas rare de les voir grimacer quand les gens viennent les féliciter avec beaucoup d’entrain et une poignée virile. Vous êtes prévenus si vous en croisez, mieux encore, embrassez-les !

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ag2r main

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