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#MAG : Symphonie en lutte majeure

Publie le 01/06/2017

Quarante-trois solistes et une pléthore d’accompagnateurs : La Solitaire URGO Le Figaro a des airs de philharmonie ! Et pour mettre en accord tous ces intervenants, un chef d’orchestre s’impose : après Michel Malinovski, Paul Médard, Denis Horeau, Christian Gout, Jacques Caraës et Gilles Chiori, c’est au Normand Francis Le Goff que revient la baguette pour diriger cette symphonie en quatre mouvements entre Bordeaux, Gijón, Concarneau et Dieppe.

Surveiller la balance, maîtriser la cohérence, insuffler la justesse rythmique, condenser l’esprit commun, respecter la partition tout en y ajoutant sa signature, accorder plus de cent instrumentistes, régler le ballet vélique de quarante-trois solistes : telle est la mission du Directeur de Course de La Solitaire URGO Le Figaro ! Un challenge nouveau pour Francis Le Goff même s’il a déjà participé comme adjoint à quatre précédentes éditions car il lui faut non seulement préserver le sens originel de cette course en solitaire qui en est à sa 48ème édition, mais aussi s’adapter aux nouvelles technologies, aux nouvelles pratiques nautiques, à l’impératif sécuritaire, à un timing de plus en plus serré…

« C’est une longue lignée de Directeurs de Course qui se sont succédés depuis 1970 ! Et il faut prendre en compte de plus en plus de monde : les coureurs bien sûr, mais aussi les jaugeurs, contrôleurs, arbitres, préparateurs, bénévoles, partenaires, villes. Il y a ainsi quarante à cinquante personnes qui participent directement à la musique figariste autour des skippers… Avec des habitués de la course et des novices, à terre comme sur l’eau. C’est pour cela qu’il faut prendre le temps d’expliquer comment faire et comment cela doit se passer. »

Bien sûr les solistes sont au premier rang puisque ce sont les coureurs qui donnent le tempo, qui enchaînent avec maestria manœuvres et coups tactiques, qui ont les honneurs de la ligne et du public, qui alternent harmonies legato et phrasés staccato au gré des calmes et des bourrasques… Quarante-trois solitaires qui cumulent pour certains plus de quinze participations (Yann Éliès, Jérémie Beyou, Thierry Chabagny, Erwan Tabarly) quand dix autres sont les nouveaux « bleus », issus de la voile olympique ou venus de la Mini Transat. Novices mais déjà parés d’une expérience de l’interprétation. Car tous vont devoir s’accorder pour cette nouvelle partition en quatre actes : trois mélodies lyriques de plus de 500 milles (au minimum trois jours et trois nuits) et un intermède tonique de 150 milles (un jour, une nuit).

Plusieurs cordes à son violon d’Ingres

« Il y a deux chemins pour devenir Directeur de Course : soit on est un ancien coureur qui connaît bien les marins, les bateaux et les plans d’eau ; soit on cumule une longue expérience de l’organisation de régates en tout genre avec jusqu’à huit cent participants et un passé de sémaphoriste très attaché à la sécurité, comme cela est mon cas. Mais il me fallait une immersion complète sur plusieurs éditions avant de pouvoir prétendre à diriger cet orchestre ! »

Car le spectre est très large pour cette interprétation vélique puisque le Directeur de Course doit aussi suivre les qualifications des novices, répondre aux interrogations des habitués aux palmarès longs comme un jour sans vent, anticiper sur les scénarii météorologiques, adapter son discours à des interlocuteurs aussi variés que divers.

« J’entends respecter au plus près la composition initiale, parce que les solitaires sont focalisés sur la partition, même si cela doit légèrement bousculer le programme : il y a un accomplissement dans cette orchestration car les coureurs placent La Solitaire à un tel niveau d’exigence dans leur esprit qu’il ne faut pas dénaturer l’œuvre originelle… Même si j’ai sur mon pupitre des tablatures plus condensées afin de s’aligner sur la météo annoncée. »

Et comme tout chef d’orchestre, Francis Le Goff s’est offert quelques ouvertures pour graver son empreinte dans le marbre de l’épreuve : la présentation de parcours raccourcis si nécessaire, la multiplication des moyens de sécurité, la confirmation des tracés 48h avant le coup de canon, la possibilité d’écourter l’étape. Parce qu’il faut aussi respecter le programme en y mettant plus de rythme, plus de spectacle, plus d’innovations, plus de tension. Ainsi 1700 milles sont devant les étraves des skippers sur trois semaines intenses et intensives : moins de temps de récupération signifie aussi plus de suspens et d’engagement, comme un concerto où chaque virtuose peut exprimer sa sensibilité et sa technique, mais où chacun dispose des mêmes instruments…

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