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A la renverse

Publie le 17/06/2019

Aurigny, la plus septentrionale des îles anglo-normandes, dans son sillage, le leader Alexis Loison creuse lentement mais sûrement l’écart sur ses concurrents, certains étant en sérieuse difficulté du côté des Ecrehou en raison de la renverse de la marée. Et une fois débordée les dangers de Quenard Point, le tapis roulant du jusant va encore aggraver ce delta… Il restera à négocier une dorsale qui remonte de Granville à Plymouth, favorable aux tout premiers.

Quand le soleil a rendez-vous avec la lune, la ronde des ondes s’en mêle au point de glisser des tapis roulants sur la route des marins. Car quand la marée prend de l’amplitude, les courants associés gonflent en intensité : la conjonction des astres crée une énorme vague qui balaye les fonds à tel point que les resserrements orologiques sous-marins génèrent des alternances fluides fort importantes. En ces zones anglo-normandes, les courants peuvent ainsi atteindre voire dépasser les cinq nœuds dans les détroits, montant de Brest à Dunkerque par la marée montante (flot), descendant de Calais à Ouessant avec le jusant (ou reflux).

La bonne carte en Manche

Encore propulsé par une fin de marée montante au virage de l’île et par une brise de Sud-Ouest encore palpable d’une dizaine de nœuds, Alexis Loison (Région Normandie) manoeuvrait en face du phare de Quenard Point, affalant son grand spinnaker pour passer sous gennaker sous les coups de midi et demi. A raser le fort qui protégeait d’antan les multiples attaques des Français et des Anglais en guerre, le leader s’envolait littéralement dans ce coin qu’il connaissait parfaitement. Le Normand comptait alors près de deux milles d’avance sur Gildas Mahé (Breizh Cola-Equi’Thé), lui-même devançant Yoann Richomme (HelloWork-Groupe Télégramme) d’un demi mille.

Or la problématique pour les poursuivants tient bien de la marée : la renverse a commencé par le Sud, pour les retardataires tels Armel Le Cléac’h (Banque Populaire, 40ème) encore bloqué du côté des Ecrehou tout comme Morgan Lagravière (Voile d’engagement, 39ème) et Thomas Ruyant (Advens-Fondation de la mer, 38ème). Et au sein de ce groupe, face au courant contraire, les vitesses moyennes dégringolaient à quatre nœuds, voire moins au fil des heures… Un peu plus au Nord, le peloton subissait aussi un coup de frein avec la marée descendante à l’image de Xavier Macaire (Groupe SNEF, 16ème), de Loïck Peyron (Action Enfance, 14ème) ou de Corentin Douguet (NF Habitat, 12ème). Et au vu des trajectoires et des distances vis-à-vis de la pointe d’Aurigny, seuls les neuf premiers poursuivants pourraient enrouler l’île dans le sillage du leader, sans prendre trop cher côté écart.

Sur une mer d’huile, sous génois et grand-voile haute, Alexis Loison prenait donc le large en visant l’extrémité Ouest du DST des Casquets, la route la plus courte vers la baie de Plymouth tandis que ses poursuivants commençaient à buter sur un courant puissant provoqué par la renverse. Ainsi se battaient sous spinnaker à coups d’empannages et à flirter avec les cailloux, Michel Desjoyeaux (Lumibird), Yoann Richomme, Adrien Hardy (Sans nature, pas de futur) et quelques autres à une dizaine d’encablures de la délivrance : passer la pointe du phare, le courant descendant devenait favorable dans un flux de Sud-Ouest toujours installé. Mais à force de tarder, la dorsale qui remonte du Sud va phagocyter tous ceux qui n’auront pas pointé leur étrave sur la Cornouaille britannique… Il y a de l’écart dans l’air et un sacré renversement hiérarchique au classement général !

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