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ANALYSE // Simon, roi du Golfe

Publie le 12/09/2018

En remportant cette troisième étape homérique entre Muros-Noia et Saint Gilles Croix de Vie, Sébastien Simon pose son empreinte sur la Solitaire URGO Le Figaro. Il conforte sa place de leader au classement général avec plus de 35 minutes sur Xavier Macaire (Groupe SNEF) et marque les esprits par cette double victoire dans le golfe de Gascogne. Prophète en son pays, le skipper de CMB Performance a construit sa victoire pas à pas, faisant preuve tour à tour de réussite, de vitesse, de lucidité et de sang froid. Retour sur une étape brillante.

« Je me suis bien donné et les quatre nuits en mer, ça commence à faire mal ! J’ai vu des baleines, j’ai vu des dauphins, il a fait beau. Deux victoires d’étape sur trois et trois étapes en cinq ans de Figaro, je sais pas si beaucoup ont fait ça. Et puis c’est pas comme si j’avais pris la tête à la fin de la course. Je me suis retrouvé devant à 250 milles avant l’arrivée, quand on avançait à 4 noeuds. Mentalement c’était dur j’ai essayé de pas trop me focaliser sur la course, de prendre du plaisir et ça l’a bien fait » Usé mais serein à son arrivée au petit jour, Sébastien Simon savourait simplement, comme apaisé, cette deuxième victoire consécutive qui lui ouvre un boulevard à la veille du départ de la dernière manche de cette 49ème URGO Le Figaro.

Tout avait pourtant bien mal commencé samedi dernier… On savait que le début d’étape serait tordu dans la ria de Muros Noia. Le puissant anticyclone avait déjà étouffé la brise sur l’Espagne, les eaux de Galice ressemblaient à un lac de montagne et l’ascension des nombreux cols pour entrer dans le golfe s’annonçait de première catégorie. Mais qui aurait imaginé de voir Sébastien Simon pointer à la 35ème place à la sortie de la baie, s’enfermant au large et au Sud, quand Pierre Quiroga (Skipper Espoir CEM- CS), très beau deuxième à Saint Gilles montrait la voie du Nord en rasant les cailloux. Simon ne désarme pas, prend son piolet avec ses rivaux Alexis Loison (Custo Pol) et Xavier Macaire (Groupe SNEF) et s’accroche. A la fin de l’après-midi, il a remonté la moitié de la flotte et raccroche le bon paquet emmené par Frédéric Duthil (Technique Voile) et Anthony Marchand (Groupe Royer-Secours Populaire). Plutôt humble sur ce coup, le skipper de Bretagne CMB Performance reconnaît : « J’ai eu du mal à partir, c’était pas une situation très confortable. Finalement, avec de petits coups de réussite, j’ai réussi à remonter. J’ai l’impression que tout le monde a été bien servi à un moment donné, moi aussi ».

L’instinct grégaire reprend le dessus quand il le faut. Toute la nuit, Simon grappille les places dans le paquet, tricote en rythme à l’inverse d’Alan Roberts (Seacat Services) ou Corentin Douguet (NF Habitat) qui tentent à terre et ne s’en remettront jamais vraiment. En moins de 24 heures, après un contournement interminable de la pointe de l’Espagne, il a refait tout son retard et s’installe en tête.

Les épaules larges

La suite est une longue procession au louvoyage le long des côtes de Galice et des Asturies. Au cap Ortegal, pendant que Thierry Chabagny (Gedimat) se fait la belle au Nord, Simon est le plus entêté du groupe de l’Est et ne vire qu’en sentant les effluves de Gijon arriver à son étrave. Le lundi au classement de 10 heures, Thierry Chabagny a 20 milles d’avance sur la flotte. Invisible à l’AIS, le skipper de Gedimat fonce certes vers la dorsale, là où les routages d’avant-départ prévenaient du danger. Mais il a tout de même 20 milles, de quoi faire douter…. Beau joueur, Simon parle d’une « jolie option » à la vacation et reconnaît à l’arrivée : « On ne peut pas surveiller tout le monde. J’étais avec mes adversaires directs au général, j’étais assez content de ma position. Thierry, il est parti,…, je ne l’ai même pas vu partir de toute façon. Par contre c’est vrai que lorsque j’ai vu ses 20 milles d’avance au classement, je me suis dit « c’est quoi ce truc ! » »

Bien dans sa course, c’est finalement hier dans la matinée que Sébastien Simon plante sa dernière banderille au petit groupe dans lequel il tricote depuis 48 heures. Pendant que Thierry Chabagny s’enlise dans son option, en deux risées bien négociées, Simon lâche Charlie Dalin (Skipper Macif 2015), Gildas Mahé (Breizh Cola), Anthony Marchand (Groupe Royer-Secours Populaire) et Erwan Tabarly (Armor Lux) « On est tombé dans une molle et il a glissé par dessous. Il nous a collé 1,5 mille » constate simplement Gildas Mahé à l’arrivée.

Une vitesse de dingue

En pointe au centre du plan d’eau, Simon prend la poudre d’escampette mais reste menacé dans son Ouest si le vent prend franchement de la gauche mais aussi sur la droite par Pierre Leboucher (Guyot Environnement) accompagné de Damien Cloarec (SafeRail) et Eric Péron (Finistère Mer Vent) qui ont poussé le bouchon encore plus loin dans l’Est et tiennent la corde. Hier soir au sortir de la dorsale, il continue de tricoter dans le bon tempo et s’impose finalement en leader aux Chiens Perrin, au Nord-Ouest de l’île d’Yeu. La suite n’est plus qu’une formalité pour le Vendéen de naissance qui ne va pas se laisser piéger sur le dernier bord par une flotte très regroupée emmenée par Pierre Quiroga (Skipper Espoir CEM-CS) et Xavier Macaire (Groupe SNEF). Troisième, ce dernier conforte sa deuxième place au général. Quant à Anthony Marchand, septième, il reste sur le podium au général.

Alors, tout ça pour ça ? La montagne a-t-elle accouché une fois de plus d’une souris ? La réponse du vainqueur comme mot de la fin « C’est vrai que c’est une étape où il n’ y a pas beaucoup d’écart. Mais ça conforte ma place au général et ça va me permettre d’aborder la dernière étape plus sereinement. Et puis, celle-là ne fera que 24 heures, ce sera facile »

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