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Alain Gautier : « C’était trop tentant… »

Publie le 24/04/2019

Il avait 18 ans l’année de sa première participation à la Solitaire en 1980. Avec l’arrivée du Figaro 3, Alain Gautier, 57 ans, a décidé d’y retourner. Ses sponsors ? Ils sont cinq, tous d’anciens partenaires qui, en une heure, lui ont dit « oui ». Parmi eux, Le Télégramme, son sponsor en 1983, année de sa victoire d’étape à Kinsale, où la 50e édition de la Solitaire Urgo - Le Figaro fait escale cette année…

Pourquoi annoncez-vous votre participation si tardivement ?
J’ai pris la décision assez tardivement d’y aller car j’ai beaucoup de boulot à côté puisque je manage le projet Vendée Globe MACSF d’Isabelle Joschke. C’est un projet lourd parce qu’on fait de grosses modifications sur le bateau mais sans avoir des budgets énormes donc il faut être au four et au moulin. Cela demande d’être présent. Donc je me suis demandé si c’était sérieux de disputer la Solitaire cet été. Après avoir acheté un Figaro, puis un Figaro 2, j’avais acheté le Figaro 3 car on sait que ce n’est pas un mauvais investissement. Outre l’aspect temps, il y avait aussi l’aspect financier. Donc j’ai lancé des invitations à mes anciens partenaires.


… C’est-à-dire ?
Je trouvais l’idée sympa de les appeler, c’est la raison pour laquelle le bateau s’appelle « Merci pour ces 30 ans ». Cela fait trente ans que j’ai créé ma société Lanic Sport Team. Bien sûr, il y a eu des changements, des entreprises qui ont été rachetées ou qui ont changé de nom : Bagage Superiors (ndlr : son sponsor lors de son Vendée Globe victorieux en 1993) ne s’appelle plus comme ça. En fait, j’ai envoyé à dix personnes disons dix partenaires, et la moitié m’a donné mon accord. En une heure, ils m’ont dit ok. J’ai réuni 100 000 euros, cela ne me permettra pas de me dégager un salaire mais ce n’est pas grave, c’est déjà très bien.


Vous serez au départ de la Solo Maître Coq fin avril ?

Oui, il faut y aller à un moment. Avec Isabelle, on voulait déjà y aller en double sur la Sardinha Cup mais on s’est dit que s’absenter tous les deux pendant trois semaines, c’était trop long. On avait commencé à naviguer ensemble. Après la Solo Maître Coq, j’aimerais bien aller sur la Solo Concarneau car c’est mon frère qui organise mais là aussi en timing, c’est compliqué.


Que visez-vous sur la Solitaire en juin prochain ?
J’étais déçu des résultats de mes deux dernières en 2014 et 2015, 15e et 17e je crois (en fait, il a fini 20e en 2015). C’était décevant. Je n’étais pas content du résultat, vis-à-vis de mon partenaire Generali, je savais que je ne pouvais pas gagner mais je visais autre chose. Je n’avais pas fait une seule belle étape. Heureusement, je m’étais bien repris en fin de saison 2015 avec une 8e place sur la Generali Solo. Ça m’avait regonflé.


A 57 ans, c’est plus dur le solo, même sur un petit bateau ?
Oui. Ok, Francis Joyon a gagné la Route du Rhum à 62 ans mais il ne faut pas comparer le multicoque et le Figaro. C’est physique un trimaran de 30 mètres mais tu peux dormir, ça dure plus longtemps. Là, en Figaro, surtout avec le Figaro 3, si tu n’es pas dessus, tu perds du terrain. Physiquement, ça va mais c’est surtout la récupération qui n’est plus la même après 50 ans. Le problème de l’âge est là. Même après une étape, où tu te mets mal, où tu arrives vraiment cuit, tu dors sept heures. Avant, après ce genre d’étape en Figaro, je dormais 16 heures d’affilée. Aujourd’hui, je ne récupère plus de la même manière, donc tu ne récupères plus aux escales. Et l’addition des étapes fait que tu es cramé un peu plus à chaque fois.



Y aura-t-il une course dans la course entre les « anciens » ?
Il y aura un classement quinqua j’espère (rires). Un top ten ? Je crois qu’il ne faut pas rêver. Je n’y vais pas pour finir 35e mais quand tu vois le plateau… Il y a du lourd, du talent. Il y a des jeunes qui ont un super niveau. Si tu ajoutes les Yann Eliès, Jérémie Beyou… En 2003, année du Figaro 2 où je signe un très bon résultat (ndlr : 2e derrière Armel Le Cléac’h pour 13 secondes…), il y avait un plateau de fou avec Michel Desjoyeaux, Pascal Bidégorry, Loïck Peyron, Charles Caudrelier, j’avais peu navigué à cause d’une opération du genou. Mais ça, c’était il y a 16 ans ! Ce n’est plus possible de rééditer cela. En 2003, j’étais un navigateur professionnel. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.


Vous y allez sans aucune pression ?
J’ai l’avantage de ne pas avoir de sponsor qui me met la pression. Je veux vivre un truc sympa avec mes anciens partenaires, voilà l’essentiel. J’avais même Jacky Lorenzetti (Président-fondateur de Foncia) qui était très emballé, il était prêt à sponsoriser tout le bateau. Financièrement, c’était certainement plus confortable mais comme il y avait une philosophie générale, j’ai gardé l’idée initiale.



Parmi vos cinq partenaires cette année, il y a Le Télégramme qui était déjà à vos côtés il y a 36 ans…
En effet, Le Télégramme était mon sponsor lors de ma première victoire d’étape sur la Solitaire en 1983. J’avais gagné en baie de Kinsale devant Philippe Poupon et Lionel Péan. Même si j’ai remporté le Vendée Globe ensuite, cette première victoire en Irlande reste mon plus beau souvenir. C’était ma première année en proto. Je me souviens du lever du soleil à l’arrivée à Kinsale, c’était magnifique, j’avais battu Lionel Péan et Philippe Poupon, les deux grands favoris, de quatre minutes. Et, cette année, la Solitaire retourne à Kinsale où j’ai gagné trois fois, en 1983, 1988 et 1997. En 1997, j’avais gagné d’un rien devant Franck Cammas et Michel Desjoyeaux. Kinsale, ce sont beaucoup de bons souvenirs. Oui, la 50e édition, c’était trop tentant…
Alain Gautier sur la Solitaire : 17 participations ; une victoire en 1989 ; neuf victoires d’étape ; trois podiums en 1988, 1989 et 2003

Source : LE TELEGRAMME - Philippe ELIES

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