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ANALYSE // La troisième étape jouée à Aurigny ?

Publie le 17/06/2019

Comme les deux précédentes, la troisième étape de la Solitaire URGO Le Figaro, partie dimanche de Roscoff (460 milles), devrait s’achever, sans doute mercredi, avec d’énormes écarts. Le redouté passage d’Aurigny, au nord-ouest du Cotentin, a en effet été fatal à la quasi-totalité de la flotte - notamment à Tanguy Le Turquais, qui s’est écoué à l’est de l’île anglo-normande - et permis au trio Alexis Loison-Gildas Mahé-Anthony Marchand de prendre la poudre d’escampette.

Considérée avant le départ de Roscoff par de nombreux skippers comme « celle de tous les dangers », la troisième étape de la Solitaire URGO Le Figaro est partie sur les chapeaux de roue avec 24 premières heures particulièrement riches en rebondissements et une île d’Aurigny qui, comme certains le craignaient, a joué à fond son rôle de garde-barrière. Après le passage matinal de la bouée de Videcoq, au large de Granville, plus tardif que prévu en raison du coup d’arrêt nocturne en Baie de Saint-Brieuc dimanche soir, les 46 solitaires savaient qu’il leur faudrait cavaler le long du Cotentin pour profiter du courant sud-nord et arriver ainsi à la hauteur de l’île d’Aurigny avant la renverse de marée.

Ce qu’a réussi à faire le régional de l’étape, Alexis Loison, parvenu à laisser le cap de Quenard Point à bâbord juste avant la fameuse renverse. « Je ne l’ai pas fait exprès, mais c’est un bon coup », s’excusera presque le skipper de Région Normandie avant de pousser la barre et de faire route vers le DST des Casquets. Gildas Mahé (Breizh Cola/Equi’Thé) et Anthony Marchand (Groupe Royer-Secours Populaire), au prix d’une belle cuiller à l’ouest pour ce dernier, sont également parvenus à se frayer un passage dans un trou de souris. Aurigny a ensuite fermé sa porte au nez de leurs 43 poursuivants, piégeant notamment le leader au général Yoann Richomme (HelloWork-Groupe Télégramme) et Fabien Delahaye (Loubsol), ces derniers assistant, impuissants, à l’envolée belle du trio de tête. « Le tapis roulant s’est mis en route et c’est devenu l’enfer », commentera Yoann Richomme.

Le piège refermé, les tentatives des uns et des autres de chercher une porte de sortie contre l’un des courants les plus forts d’Europe n’y feront rien, et c’est au moment où Alexis Loison parait déjà le coin sud-ouest du DST des Casquets que deux impétrants, Martin Le Pape (Skipper Macif 2017) et Michel Desjoyeaux (Lumibird), étaient finalement récompensés de leur ténacité au terme d’un véritable slalom géant entre La Hague et Aurigny, franchie avec plus de 20 milles (environ 2h30) de retard sur Alexis Loison. Un grand moment de libération, particulièrement pour Michel Desjoyeaux, le mieux classé au général du Top 5 de l’étape (9e à 4h46’20 de Yoann Richomme), que vivront juste avant 17h, avec plus de 30 milles de retard sur le trio de tête, Adrien Hardy (Sans nature, pas de futur !), Yoann Richomme, Corentin Douguet (NF Habitat), Fabien Delahaye et Xavier Macaire (Groupe SNEF), encore plus tard pour le reste de la flotte !

Le piège fatal d’Aurigny s’est aussi refermé sur l’infortuné Tanguy Le Turquais, qui, en tentant de s’abriter du courant sous l’île, s’est échoué sur un rocher en début d’après-midi. « Je suis sous le choc, racontera le skipper de Groupe Quéguiner-Kayak. On était à contre-courant pour passer la pointe de l’île, il y avait un paquet de la flotte entre deux cailloux parce que c’est là qu’il y avait le moins de courant, j’étais un tout petit peu en arrière, à une dizaine de mètres, je les ai rejoints, mais l’eau descendait et ce n’est pas passé, à rien… Le bulbe de la quille a bloqué entre deux rochers, et comme le vent s’est arrêté, je me suis mis à reculer et ça s’est coincé. Ce n’est pas très drôle, il y a de sacrés remous, le bateau s’abîme, j’entends de plus en plus de craquements, c’est terrible. » Heureusement pour lui, il pourra finalement se déséchouer une heure et demie plus tard, avec l’intention de reprendre sa route, non sans s’assurer de l’intégrité de son Figaro Bénéteau 3.

Comme souvent dans pareil cas de passage à niveau, les riches ont de bonnes chances de devenir encore plus riches, puisque le vent de sud-ouest devrait considérablement s’essouffler par le sud dans la soirée de lundi, ralentissant d’autant plus les retardataires. Ces derniers vont sans doute perdre très gros sur cette troisième étape qui s’est sans doute en grande partie jouée à la pointe du Cotentin…

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