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ANALYSE // La Vie, mode d’emploi

Publie le 11/09/2018

Alors que la terre tarde à poindre à l’horizon, Sébastien Simon continue son one man show en tête de gondole : le skipper de Bretagne CMB Performance creuse inexorablement l’écart face à sa meute de poursuivants. Mais une fois paré l’île Dieu, encore faut-il rallier le fleuve de Saint-Gilles Croix-de-Vie, une dernière pénitence dans un flux toujours faible et de forts courants de marée…

La Vie est un fleuve tranquille, qui prend sa source à Belleville et qui embouche l’océan à Saint-Gilles. Mais pour atteindre la Vie par la mer, il faut parfois passer par l’enfer, à tout le moins par le purgatoire, ce lieu de purification qui relie Saint-Jacques (de Compostelle) à Saint-Gilles (Croix-de-Vie). Car il en a fallu des génuflexions au passage des caps galiciens (Finisterre, Touriñan, Villano, Ortegal, Estaca de Barès) pour espérer déborder ces promontoires rocheux gavés de pièges. Et des cierges à brûler pour implorer les dieux des vents de s’ébrouer, pour transpercer ces calmes à répétition qui ont pris place au cœur du golfe de Gascogne.

Une mosaïque bleutée

Une première journée à tenter d’accrocher le cap Finisterre, puis à raser les rives abruptes dans une nuit d’encre, puis à percer un brouillard poisseux, puis à titiller les rochers ibères pour avancer vers la baie de Ferrol, puis à s’écarter de ces dents de la mer pour attraper un brin d’air, puis à s’essouffler à grignoter les milles face à une horde de prétendants, puis à éviter les trous dans le golfe, puis à tracer un sillon cohérent pour remonter la pente, puis à percer les secrets d’une mosaïque de calmes et de bouffées…

En ce quatrième jour qui préfigure une nouvelle nuit de Chine au large de l’île d’Yeu, le temps s’est arrêté, le temps du ciel comme celui de la mer : il n’y a que le balancement régulier de la houle qui donne encore un rythme à cette procession entre bancs de sardines, souffles de cétacés, sauts de dauphins et chasses de bonites. Le monotype passe d’une plaque de calmes à l’autre entre deux et six nœuds mais impossible de discerner une voie claire dans ce puzzle de tôles plus ou moins ondulées qui ne donne aucune indication sur ce que l’avenir réserve. Et le ciel n’est pas plus révélateur par son bleu pastel clairsemé de balles de coton blanchâtres… Azulejos abstraits sans significations.

Sortie de secours

Avec ce ventilateur en panne, trouver de l’air frais est un challenge même si certains pointent à plus de cinq nœuds vers le but. Mais la porte de sortie de ce golfe à plus de dix-huit trous (de vent) est bien difficile à discerner : parfois les plus extrêmes orientaux comme Pierre Leboucher (Guyot Environnement), Éric Péron (Finistère Mer Vent) et Damien Gloarec (SafeRail) accrochent une veine propulsive ; devant, Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance) grappille les mètres sur ses plus percutants poursuivants, Erwan Tabarly (Armor Lux) ou Gildas Mahé (Breizh Cola) ; à l’Ouest, Thierry Chabagny (Gedimat) regrette probablement de ne pas avoir croisé plus tôt car il semble pris dans une nasse sans grand espoir d’agripper le peloton qui défile depuis ce matin devant son étrave…

Les soixante milles qu’il reste à gober pour atteindre les Chiens Perrins semblent bien loin et bien inaccessibles lorsqu’on ne distingue qu’une longue oscillation de l’océan, sans aucun signe de changements à venir. Le seul recours est de s’appliquer à serrer le vent qui prend doucement de la gauche, passant de l’Est-Sud Est à l’Est-Nord Est sans pour autant gagner des tours… Se rapprocher au plus vite des terres permettra d’y voir plus clair, à tout le moins de poser des repères. Mais alors quel mode d’emploi pour rallier la Vie ?

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