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Damien Cloarec : « Mon gars, on l’a fait ! »

Publie le 21/06/2019

La troisième étape de La Solitaire URGO Le Figaro se sera parfois apparentée à un long supplice pour l’un des régionaux de l’étape, Damien Cloarec, qui, après avoir été décroché, s’est battu pour arriver dans les temps à Roscoff. Ce que le skipper de @DamienCloarecSkipper est parvenu à faire à dix minutes près. Il nous raconte cette « course cotre la montre » et fait le bilan après trois étapes de sa cinquième Solitaire.

Cette troisième étape a-t-elle été une des plus dures de ta carrière de Figariste ?
Mentalement, oui, je pense que c’était la plus dure, étant donné qu’elle s’est vite transformée en course contre la montre pour ne pas terminer hors-temps, c’est quelque chose que je n’avais eu jamais l’occasion de vivre. Quand on était en Angleterre, on s’est dit qu’ils ne seraient que trois à terminer dans les temps, mais, petit à petit, le vent est revenu, ils ont un peu ralenti devant et on s’est accrochés.

T’es-tu souvent dit que tu allais rentrer directement à Roscoff ?
Quand on a vu que ce n’était plus possible mathématiquement, oui, j’y ai pensé. Après, tu te dis que tu attends le classement de 4 heures, puis la météo de 9 heures, et petit à petit, tu te rapproches d’Ouessant, et à un moment, tu te dis autant finir. Et au fond de moi, je me disais que ce n’était pas dans ma nature d’abandonner, j’ai pensé à ma famille, à tous mes potes qui sont derrière moi et m’ont aidé pour être là, je me suis dit que je n’avais pas le droit de ne pas aller au bout.

A quoi t’es-tu accroché mentalement ?
Plusieurs fois, j’ai pris un peu de recul : j’étais en Manche, sous gennak, ça glissait bien, il y avait Ouessant à fond, au lever du soleil, je me disais : « Pense aux mecs qui se lèvent à 5 heures du mat’ pour sortir les poubelles ou sont dans le métro, nous on est sur une mer plate à 12 nœuds, il faut profiter ». Et j’ai eu tellement de mal à être au départ que je me disais qu’il était hors de question d’arrêter.

Le fait d’avoir ces étapes « à domicile », à Roscoff a-t-il aussi joué ?
On serait arrivés n’importe où, j’aurais eu la même réflexion, mais oui, c’était un plus.

Tu étais au contact avec Clément Commagnac, cela t’a-t-il aidé ou au contraire, est-ce toi qui l’a tiré ?
Je pense qu’il ne dira pas le contraire, je l’ai pas mal tiré. A un moment, Robin décide de rentrer, Loïs tire la barre, Clément m’appelle et me dit que c’est bon, il rentre, que ça va lui permettre de mieux récupérer. Je lui réponds : « Tu fais comme tu veux, mais tu disputes ta première Solitaire, tu vas regretter de ne pas aller au bout, et que tu arrives dans l’après-midi ou à 22 heures, ça na va pas changer grand-chose ». Il me dit : « Oui, ce n’est pas faux, je suis en train de me chercher des excuses. »

Quel a été ton sentiment au moment de couper la ligne, dix minutes avant sa fermeture ?
J’ai craqué, parce qu’il y avait cette pression d’arriver dans les temps. Souvent, on parle à son bateau, celui-là, c’est le mien, je l’ai acheté, et pour l’instant, on avait du mal à se trouver. Là, c’est bon, je lui ai tapé dans la main gentiment, en lui disant : « Mon gars, on l’a fait ! ». C’était assez fort au niveau émotions, mais qu’elle était dure, cette étape…

Tu es 25e au classement avant la dernière étape, quel regard portes-tu sur ta Solitaire ?
Je ne suis pas mécontent au regard de ma préparation : je n’ai fait que la Solo Maître CoQ et quatre jours d’entraînement à Lorient, avec une réception du bateau fin janvier, des copains qui me donnent des coups de main, pas le droit de naviguer avec le bateau pendant un mois à cause des problèmes de mât… J’ai failli ne pas partir. Secrètement, je m’étais dit avant le départ que ça serait pas mal d’être dans les trente, vu le plateau. A la première, après pas mal de problèmes au départ, j’ai été sur un petit nuage, j’ai réussi à remonter, à être du bon côté, avec une super 7e place à la clé. La deuxième, je me suis peut-être mis un peu de pression avec cette histoire d’arrivée à la maison et je me suis raté. Et la troisième, on en a parlé. Globalement, je trouve que je n’ai pas trop mal navigué, mais ce qui est dur, c’est de ne pas être complètement au niveau que je pourrais avoir si je m’étais entraîné, il y a un peu de frustration, mais je pense qu’il faut que j’arrive à me calmer un peu et à plus en profiter. Elle passe hyper vite cette Solitaire, j’ai vraiment envie d’en profiter à fond sur cette dernière étape et de prendre du plaisir. Parce que sur les deuxième et troisième, il y a eu des moments durs, tu te demandes souvent ce que tu fais et tu te dis que tu es débile de mettre ta tête sur le billot en achetant le bateau, de prendre de tels risques, tout ça pour te faire mal comme ça, c’est une course de maso. Là, j’ai envie de me rendre plus compte du bol que j’ai d’être là.

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