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Déséchouement et triumvirat

Publie le 17/06/2019

L’île d’Aurigny a été redoutable : non seulement Tanguy Le Turquais s’est échoué sur les rochers qui débordent le cap de Quenard Point, mais en sus, les tentatives multiples des solitaires pour passer ce demi-mille jusqu’au fort se sont soldées par des échecs. A raser les cailloux ou en s’écartant par le large, en multipliant les empannages voire en testant un vent arrière voiles en papillon, rien n’y a fait : ce n’est qu’à la marée basse quand le courant contraire commençait à sensiblement diminuer vers 15h00, que deux autres skippers purent commencer à contourner l’île par le Nord.

Et ce fut aussi le moment où le pneumatique de l’Express, l’un des navires accompagnateurs de La Solitaire URGO Le Figaro, réussit à approcher suffisamment Quéguiner-Kayak pour lui passer une remorque afin de le faire basculer à l’opposé des roches affleurantes. Opération délicate car la quille du Figaro Bénéteau 3 était bien coincée par les cailloux : l’idée était d’inverser la gîte du bateau pour éviter qu’il ne percute ce croissant de granite lorsque le courant allait s’inverser. A bord, Tanguy Le Turquais passait une drisse de tête de mât au pneumatique qui ramenait la remorque jusqu’à l’Express ne pouvant approcher à moins de cinquante mètres à cause du plateau rocheux.

Balloté par une légère houle en bordure d’un véritable tapis roulant qui refoulait toujours les autres skippers tentant de passer Aurigny, Quéguiner-Kayak put enfin inverser sa position. Puis le bateau fut dégagé de ce plateau et Tanguy Le Turquais put remettre son moteur en route avant faire route vers Plymouth, en attendant de prendre une décision définitive. Le solitaire effectuait immédiatement un check-up complet pour constater les dégâts : pas de voie d’eau et un safran abîmé. Il pouvait ainsi reprendre le fil de la course même s’il se doutait que cette manche allait compter pour rien.

Loison s’envole

Pendant ce temps, Alexis Loison (Région Normandie) faisait route vers la pointe occidentale du DST Casquets qu’il parait en même temps que Tanguy Le Turquais sortait de cette mauvaise passe. Avec plus de 25 milles de marge sur le gros du peloton, le Normand engrangeait un capital d’avance conséquent et surtout bénéficiait encore d’un flux de secteur Sud-Ouest propulsif avec la marée descendante en poupe. Et comme il pouvait aussi changer de cap pour faire route directe vers Plymouth, il lâchait un peu les écoutes et accélérait ! Le proconsul de cette troisième étape n’avait plus dans le rétroviseur que Gildas Mahé (Breizh Cola-Equi’Thé) relégué à près de deux milles et son ami Anthony Marchand (Groupe Royer-Secours Populaire) à plus de quatre milles.

Et le compteur défilait encore pour le peloton car seuls Michel Desjoyeaux (Lumibird) et Martin Le Pape (Skipper Macif 2017) avaient réussi (tardivement) à se sortir de cette nasse. A 16h00, le courant était toujours aussi puissant et contraire et les solitaires avaient beau tenter de se frayer un chemin, à terre comme au large, le challenge était encore voué à l’échec au vu de l’intensité du jusant. Et comme les leaders vont naviguer au milieu de la Manche alors que le peloton va, une fois Aurigny parée, refouler le courant de marée montante, les écarts devraient encore augmenter. Surtout que les prévisions météorologiques annoncent une dorsale arrivant par le Sud, donc coiffant les retardataires d’abord, puis le peloton ! Le triumvirat échappé pourrait compter en heures les deltas au passage de la bouée de Hand Deeps, au large de Plymouth…

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