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Dure, douce et dingue à la fois.

Publie le 13/06/2019

« Cette étape n’est pas un parcours de ralliement » promettait Francis Le Goff en dévoilant la modification de tracé au départ de Kinsale dimanche matin. La direction de course ne s’était pas trompée, mais on était loin d’imaginer que les 535 milles entre Kinsale et la baie de Morlaix seraient aussi variés, durs et sélectifs. Dure, douce, dingue,... récit par tranches d’une étape que seule la Solitaire URGO le Figaro peut générer.

Départ de Kinsale : doux dur…

Exit l’ile de Man, le changement de parcours est annoncé à 9h30 le matin du départ. Pressés de quitter Castle Park Marina à 14 h00 pour cause de marée, les skippers n’ont que quelques heures pour scénariser la météo qui les attend. Ambiance un peu fébrile sous la cabane autour du dernier déjeuner servi comme à la maison par la Hutchinson family. Nouveaux routages et feuilles d’avenants traînent sur les tables, il est temps d’y aller et après le finish cruel de la première étape, il y a de la revanche dans l’air.

Au sortir de la rivière de Kinsale, le départ est superbe. Vent, lumière et déjà de la tactique lorsqu’après la bouée passée en tête par Yann Eliès (St Michel), Michel Desjoyeaux empanne immédiatement pour regagner la côte. « A l’arrivée de la première étape, on avait repéré que les thermiques faisaient tourner le vent à gauche et que c’était mieux à la côte » explique le skipper de Lumibird. Parti en second rideau, il s’impose à la Bouée Radio France réitérant son bon coup de Pornichet.

La mauvaise nouvelle tombe à peu près au même moment : abordé par Alain Gautier (Merci pour ces 30 ans !), Benjamin Schwartz (Action contre la faim), rentré au port au coup de canon, ne pourra pas reprendre l’étape. Un brillant bizuth sur le carreau et un monument de la Solitaire qui rentre foil en berne directement vers Roscoff… ce sont les deux premiers abandons d’une étape qui en comptera sept au total.

Kinsale-Bishop Rock : Doux dingue

Peut-être que certains se sont accrochés un peu trop au schéma général. Une bascule du Sud-Ouest au Nord-Ouest invite à ne pas se laisser « tomber » sous la route (donc faire du Nord) histoire ne pas rajouter du chemin et conserver un bon angle en fin de bord pour atterrir sur les Scilly. Cap au Sud du DST donc, sous gennaker serré dans une gentille brise. Mais les choses se compliquent en milieu de nuit pour les tenants de la route directe. « J’ai échappé à un gros grain, un deuxième et je me suis arrêté sous le troisième avec Jérémie » raconte Lois Berrehar (Bretagne CMB Performance) en pointe de son groupe. Au Nord, Morgan Lagravière (Voile d’engagement) a fait un autre calcul : « Comme le schéma était incertain et promettait une bascule, je mes suis calé au meilleur angle du gennaker pour aller le plus vite possible dans l’Est. ». Même calcul pour Gildas Mahé (Breizh Cola-Equi’Thé) qui a même envoyé le petit spi et glisse à fond. Les tenants de « l’option Nord » dans lesquels on retrouve aussi Yoann Richomme (HelloWork-Groupe Télégramme) et Adrien Hardy (Sans nature, pas de futur) sortent comme une fleur de la mer d’Irlande. Seul Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) reste dans le match et ressort correctement du Sud où une trentaine de concurrents se retrouvent piégés.

Comme pour préserver un peu de suspens sur les 400 milles restants, la brise stoppe les leaders avant Bishop Rock. Leur avance qui culmine à 20 milles à 11 heures lundi se délite. Reste tout de même un matelas de 10 milles au passage du phare. La course poursuite peut commencer avec en pointe des chasseurs, Xavier Macaire (Groupe SNEF).

Bishop Rock- Needles Fareway : Dur dur …

Le bord au large des Scilly offre quelques images superbes. Certains comme Anthony Marchand (Groupe Royer-Secours Populaire) n’hésitent pas à passer entre les cailloux pour grappiller quelques longueurs et tout le monde accélère vers le cap Lizard, première vigie de la Cornouaille britannique. Dans la soirée, le vent commence à forcir nettement du Nord comme prévu. La mer n’est pas dangereuse mais courte, serrée et un peu dans tous les sens. Au largue serré sous gennaker, les Figaro Bénéteau 3 font parler leurs foils à plus de 12 nœuds de moyenne. Un peu trop parfois et les mauvaises nouvelles tombent avec la nuit. Après l’abandon de Cécile Laguette (Eclisse), c’est Martin Le Pape (Skipper Macif 2017) qui appelle la direction de course, de l’eau au dessus des batteries… Jeter l’éponge ou écoper ferme ? Thomas Ruyant, en proie aux mêmes problèmes d’étanchéïté et de tenue des trappes de foils, abandonne à son tour. D’autres comme Arthur Le Vaillant (Leyton) ou Damien Cloarec (@DAMIENCLOARECSKIPPER) continuent en calmant le jeu.

Pour Clément Commagnac qui avoue « n’avoir jamais vu de telles conditions », c’est la guerre ! Surpris sous génois et sans combi sèche dans un vent qui monte à 40 nœuds, les heures sont longues pour pas mal de concurrents. Devant, les durs en redemandent, naviguent bien au dessus des polaires de vitesse connues du bateau, à l’image de Yoann Richomme qui se détache et exulte à la VHF : « Le bateau est génial, super aérien, calé sur le foil à rebondir de vague en vague ».

Le bord laisse des traces mais permet à certains comme Alexis Loison (Région Normandie) de se refaire. Il pointe avec Macaire en tête du second groupe à une heure derrière les six échappés Richomme, Hardy, Le Cléac’h, Lagravière, Mahé, Delahaye.

Needles-Portsall : Dingue !

Un peu comme à Bishop, le vent temporise et permet un nouveau regroupement. On croit même un moment que la flotte va partir à l’unisson au Sud. Mais finalement, la brise rentre à nouveau avec une nouvelle bascule à venir. La route la plus sûre semble conduire au Nord du DST des Casquets qui barre la grande diagonale vers Portsall. Mais côté courant, le contour par le Sud promet deux heures de marée descendante supplémentaire. Alors tant pis si la bascule est arrivée un peu tôt : Mahé et Hardy plongent les premiers, suivis par Jérémie Beyou et un peu en retrait le bizuth Alberto Bona (Sebago). A chacun sa Manche. Si le vent est maniable au Sud, la brise forcit à 30 nœuds au Nord et les leaders sont obligés de loffer sous grand spi pour parer le DST. Les compteurs s’affolent : 17 nœuds de moyenne tenus pendant quatre heures, qui dit mieux ? Scotchés à la barre, certains pensent bien à passer sous petit spi mais l’affalage paraît scabreux. Si tu choques t’es un lâche ! Au moment de se recaler en sortie de DST, Xavier Macaire navigue en phase avec la bascule et empanne le premier. En quelques bords bien sentis, il émerge en troisième position à Portsall. Mais le grand gagnant de la nuit est bel et bien Adrien Hardy qui passe au nez et à la barbe de Yoann Richomme. Le podium ne changera pas jusqu’en baie de Morlaix à la faveur d’ un bord tout droit au large du Léon.

Jérémie Beyou, absent de la cartographie pour un problème de balise, sort cinquième et son compère de la baie de Morlaix Armel Le Cléac’h rate un peu son atterrissage ce qui lui coûte quelques places…

Epilogue : Dur

Le vent mollit en Manche et les premiers à partir avec le courant sont intouchables. La renverse a lieu à six heures, il faut s’accrocher, chasser les énormes paquets de laminaires qui tournoient autour des quilles à coup de marche arrière. Certains passent la ligne juste avant la renverse alors que le vent dégringole. Au delà de la 20ème place, la soirée s’éternise et la sanction cruelle rappelle quelques étapes d’anthologie de la Solitaire. En franchissant la ligne à 5 h 37, soit 29 minutes avant sa fermeture et quelques 13 heures 30 après Adrien Hardy, Joan Mulloy (Believe in Grace-Bussinesspost.ie) sauve sa Solitaire, elle qui avait abandonné dans la première étape. Et comme les 37 autres concurrents classés elle a bien mérité ses trois jours de repos à Roscoff.

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