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Eric Péron : « Le changement fragilise pas mal de skippers »

Publie le 14/06/2019

Quatrième à mi-parcours, Eric Péron (French Touch) renoue avec sa meilleure performance réalisée en 2010 (4ème au général). A moins de 25 minutes du deuxième et moins de 3 heures du leader, il peut encore tout espérer d’ici l’arrivée à Dieppe mais assure ne pas se mettre de pression. Entretien.

Tu sors de chez le Kiné, comment te sens-tu après ces deux étapes ?

La saison 2018 a été compliquée pour moi et pour préparer cette Solitaire, je me suis mis au niveau physiquement. J’ai perdu 7 kilos, je fais beaucoup de sport. Je vais chez le Kiné surtout histoire de me détendre… et pour faire croire aux concurrents que j’ai mal au dos ! Non, sérieusement, ça permet de se relaxer et de prendre un peu la température, de voir où en sont les autres.

Alors, comment va la concurrence justement ?

Beaucoup sont perturbés ! Et puis, d’autres sont là, très solides comme Armel ou Yoann. Et puis nous avons beaucoup de talents, les Adrien Hardy, Pierre Leboucher qui ne lâchent pas facilement l’affaire ou encore Xavier Macaire qui navigue super bien et qui est là tout le temps. Ils ont fait une petite erreur sur la première étape, mais ils sont très forts. Au départ, j’avais misé beaucoup sur Yann (Eliès) et d’un coup, il se dit peut-être que la chance n’est plus avec lui. C’est un peu la même chose pour Anthony Marchand, mais je m’avance peut-être et je ne voudrais pas paraître présomptueux. On va sans doute retrouver ces gens-là sur les prochaines étapes.

Les skippers perturbés, c’est le nouveau bateau qui les gêne ?

Parfois, mais pas forcément. Ils sont parfois fragilisés par un tout petit événement qui les gêne sur cette course. Quand on change le parcours à la dernière minute, il faut faire avec. C’est vrai qu’en course au large, on est énormément dans l’anticipation. On scénarise la course comme des pilotes de Formule 1 qui anticipent leurs virages. Si on modifie ça, certains sont perturbés, se mettent à mal naviguer et c’est là que des mecs super forts comme Armel sont immédiatement dans le match. Au final, on s’aperçoit que certains ne sont pas si costauds qu’on le pensait.

Et toi, tu te sens fort mentalement ?

Moi je me sens bien. J’ai mes petits problèmes comme tout le monde. Je pourrais me dire que j’ai fait 13ème sur la seconde étape, que j’ai pris deux heures et que ça va être dur de revenir. Je préfère retenir que je suis quatrième au général, qu’il reste deux étapes et que tout peut arriver, surtout avec la météo que l’on a en ce moment. Je n’ai pas regardé un seul classement en détail. Je ne veux surtout pas me mettre de pression. Il faut une certaine légèreté et rester concentré sur ce qui est important. J’ai ma petite liste de tâches à effectuer au fur et à mesure. Il faut que je les fasse une par une et si j’y arrive, ça se passera bien.

Tu es content de ta vitesse ?

Oui, au reaching notamment où je suis à l’aise. J’ai le bateau bien en main malgré un petit déficit au près dans la brise. J’ai progressé entre les deux étapes et j’ai la bonne piste pour faire encore mieux. Malheureusement, j’ai récupéré le bateau assez tard, alors tout ce que je teste, c’est en course.

Et puis globalement, le bateau va vite et j’aime ça. J’aime la brise. Je suis un surfer et quand ça glisse fort et qu’on s’en prend plein la figure, ça me va ! Je n’ai pas d’appréhension, j’ai la forme, je n’ai pas de problème sur les manœuvres. J’ai eu la chance de faire un tour du monde en Volvo, qui en matière d’exposition aux éléments est ce qu’on fait de plus dur et j’ y ai des souvenirs atroces de manœuvres. Là, ce qu’on fait en Figaro, c’est de la gnognotte, même si dans 25 nœuds pour changer le génois sur la plage avant, tu décolles à chaque vague ! Le bateau fait 10 mètres, ça mouille d’accord, mais ça reste facile.

Est-ce qu’il n’y a quand même pas une barrière d’âge au vu des résultats de la deuxième étape ?

Ah, j’aurais cru l’inverse mais c’est vrai que les « anciens » ont performé sur la première qui était une étape de demoiselle et entre Kinsale et Roscoff, on ne les a pas trop vu. Peut-être qu’ils avaient moins bien récupéré. C’est vrai que tous les gars devant sont des sportifs accomplis

Certains skippers t’ont épaté depuis le début de la course ?

Oui, ceux que j’ai cités tout à l’heure. Les Hardy et Macaire qui voient des choses que tu ne saisis pas forcément. Yoann m’impressionne aussi. Il est très fort. Dès sa première Solitaire déjà, il avait montré que c’est quelqu’un de réfléchi. Déjà quand il pose une question au briefing, tu comprends qu’il anticipe des problèmes que tu n’as pas forcément identifiés. Bon après, on fait des jugements sur tous ces mecs là, mais on n’a fait que deux courses.

Quel est ton sentiment sur les problèmes de jeunesse du Figaro 3 ?

C’est malheureux mais c’est un bateau neuf. Sur le Figaro 2, il y a eu des ratés aussi. La Solitaire en juin avec ce nouveau bateau, c’était sans doute un peu osé. Il aurait fallu une course en plus. Là, l’orage est passé mais on va avoir d’autres soucis qui vont surgir et puis des problèmes d’usure ensuite. Il faut régler ça cet hiver au sein de la classe et trouver le bon dialogue avec les fournisseurs. Le problème, c’est que certains ne veulent pas lâcher. Le bateau doit répondre à notre façon de naviguer et ce n’est pas à nous de nous adapter au matériel. Je suis fâché contre le fabricant du gréement à ce sujet. Le mât n’est pas du tout à la hauteur de ce qu’on est en droit d’attendre. J’ai changé un réa alors que le bateau a 20 navigations…

Les problèmes de foils c’est autre chose. On est sur un bateau de série et au tout début de l’ère du foil, dont on ne comprend qu’au fur et mesure toutes les conséquences. On voulait des foils, on les a, mais l’innovation ne se fait pas sans risque.

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