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Géométrie variable

Publie le 13/06/2019

À l’issue des deux premières étapes de La Solitaire URGO Le Figaro, Yoann Richomme apparaît comme le maître du jeu avec plus de deux heures de marge sur Pierre Leboucher, Armel Le Cléac’h et quelques rares autres solitaires… Mais à la mi-temps, il y a encore du grain à moudre avec deux manches compliquées et un Figaro Bénéteau 3 qui n’a pas du tout le même comportement que son prédécesseur. Les derniers sont parfois les premiers et inversement : l’étape à suivre en Manche s’annonce capitale…

« Veni, vidi, vici » : la devise de Jules César s’appliquera-t-elle à Yoann Richomme ? Le marin ne vient pas de nulle part non plus : vainqueur de La Solitaire en 2016, vainqueur de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2018 en Class40’, huitième participation à la course (de 2010 à 2016 (19ème, 26ème, 19ème, 4ème, 19ème, 8ème, 1er), pour ne citer que les scores marquants. « Quand j’avais remporté la Solitaire en 2016, ça m’avait donné une leçon quant à la quantité d’implication qu’il fallait mettre sur l’eau pour réussir à performer. Je pense que je suis revenu sur le circuit cette année dans le même état d’esprit, en sachant qu’il fallait beaucoup d’engagement pour être tout le temps rapide et saisir la moindre opportunité. »

L’espionnage en ballottage

Mais on n’est pas roi tant que la couronne n’est pas posée. Surtout avec le nouveau support adopté pour la cinquantième édition : le Figaro Bénéteau 3, malgré ses défauts de jeunesse, est un bateau capable de créer des écarts importants. Et les parcours retenus par Francis Le Goff (Directeur de Course) offrent aussi beaucoup plus d’opportunités qu’auparavant. Ces deux facteurs conjugués auxquels il faut ajouter les habitudes acquises sur le circuit Figaro ces dernières années, expliquent (en partie) ces écarts colossaux à la mi-temps.

Car l’ère du suivi est peut-être en déliquescence : l’AIS, le système qui permet aux navires de connaître la position, la trace, les vitesses, les caps de leurs collègues de mer, n’est plus l’outil de base du « Figariste ». Auparavant, l’appareil portait à 20 milles voire plus et autorisait un espionnage constant des options de chacun. Aujourd’hui, il ne capte plus qu’à trois milles et dès que le bateau allonge la foulée, il devient difficile de se coller le nez sur l’écran tellement les embruns baignent le solitaire… S’ensuit une autre approche de la course que les « formatés » à la régate au contact et les disciples du panurgisme ont du mal à cerner : ne plus savoir où sont les autres, ne plus pouvoir contrôler ses concurrents directs, ne plus compter sur une vitesse supérieure ou une lucidité bienvenue en fin d’étape, changent radicalement les paramètres.

Un trône à bascule ?

Avec les Figaro Bénéteau (1 ou 2), une telle avance aurait certainement plombé la suite du match à mi-parcours, mais à Roscoff, il y a encore deux grosses possibilités de bouleverser la hiérarchie. Certes Yoann Richomme (HelloWork-Groupe Télégramme) possède désormais 2h23’ d’avance sur Pierre Leboucher (Guyot Environnement), 2h34’ sur Armel Le Cléac’h (Banque Populaire), 2h48’ sur Éric Péron (French Touch), 2h54’ sur le « bizuth » Tom Laperche (Bretagne CMB Espoir) et 2h57’ sur Corentin Douguet (NF Habitat). Tous les autres sont à plus de trois heures, voire quatre heures et plus derrière le leader !

Alors est-il encore possible de chambouler le classement général ? Bien sûr que oui ! Surtout que les conditions de petit temps attendues la semaine prochaine avec des coefficients de marée qui grimpent à plus de 80 et des passages par le Four, le raz de Sein, le Fromveur, Wolfrock, les Casquets, les Anglo-Normandes, la baie de Saint-Malo et l’île de Bréhat sont des facteurs favorables pour créer des passages à niveau redoutables ! Prendre une marée dans le nez et dans les calmes, ce peut être six heures de décalage en un rien de temps… Alors elle sera plus visible, cette hiérarchie qui s’appuie aujourd’hui sur deux manches à géométrie variable et à écarts conséquents.

Quant au classement des « bizuths », la belle deuxième place de Tom Laperche à Kinsale a perdu un peu de sa superbe avec la douzième place de Sébastien Marsset (Handicap Agir Ensemble) à Roscoff : il y a à peine une heure de décalage entre les deux novices, sans compter que Benjamin Schwartz (abandon contraint suite à un abordage avec Alain Gautier) pourrait être reclassé sur cette étape à la moyenne de ses résultats sur les trois autres manches. Enfin du côté des étrangers, la suprématie de la Suisse Justine Mettraux (TeamWork) pour le Trophée Vivi a été mise à mal à Roscoff avec la belle prestation du Britannique Will Harris (Huve Energy), onzième en baie de Morlaix ! Alors avec toutes ces cartes redistribuées à chaque escale, les certitudes ont pris un coup dans l’aile…

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