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Le flot de terre et le flot de mer

Publie le 17/06/2019

Sous le coup des douze coups de minuit, la brise se mit à rentrer de Sud-Ouest et la flotte des 46 Figaro Bénéteau 3 s’ébroua en direction de la bouée Le Videcoq. Les partisans de l’option terrestre démarraient les premiers mais les afficionados du large ne tardèrent point non plus. Et à la renverse de marée, tout le monde progressait sous spinnaker plein Est vers Granville, rapidement à huit nœuds de moyenne.

C’est aux abords du plateau des Echaudés que l’affaire a commencé : certains solitaires s’étaient dit qu’avec la marée descendante de dix-neuf heures et des poussières, il valait mieux raser les terres quand d’autres imaginaient que le large leur serait bénéfique avec moins de jus. Finalement, ni les uns, ni les autres n’avaient la vérité en bouche et ce sont les retardataires qui purent se remettre dans le match quand le jusant atteignit près de trois nœuds. La baie de Saint Brieuc n’offrit donc pas l’abri souhaité pour Adrien Hardy (Sans nature, pas de futur) ou Benjamin Schwartz (Action contre la faim) qui flirtaient avec le phare du Paon en compagnie de Pierre Leboucher (Guyot Environnement), Gildas Mahé (Breizh Cola-Equi’Thé) ou de Michel Desjoyeaux (Lumibird).

Patience et longueur de temps

De même en approche de la Basse Maurice, le large s’avérait tampon quand la brise s’enfuit avant un coucher de soleil bien grisâtre : Yann Eliès (St Michel), Tanguy Le Turquais (Quéguiner-Kayak), Alexis Loison (Région Normandie), Xavier Macaire (Groupe SNEF) et bien d’autres butaient contre ce fleuve marin. On s’attendait alors à ce que les mouillages sortent de leur cocon pour étaler un courant de marée de plus en plus intense. Il n’en fut rien car chacun s’attelait à trouver un léger brin d’air pour parer ce tapis roulant liquide contraire… Jean de La Fontaine s’en donnait à cœur joie en dictant ses fables de l’animal aux grandes oreilles face à la tortue, du corbeau et du renard et finalement du pot de terre contre le pot de mer.

Ce ne fut qu’au changement de jour en pleine nuit, alors que le ciel se dégageait enfin et que la lune rayonnait de tous ses feux, que les étraves frissonnèrent sur une mer devenue d’huile : de la terre ou du large, l’effet fut concomitant et les vitesses grimpèrent progressivement jusqu’à cumuler à huit nœuds sur la route. Etalée sur une dizaine de milles Nord-Sud comme Est-Ouest, la flotte débordait grandement la pointe du cap Fréhel pour s’engager sous le plateau des Minquiers, direction Granville. Et cette fois avec le flot en poupe et poussée par une brise de Sud-Ouest palpable d’une dizaine de nœuds. Tout le monde va donc arriver à temps pour virer la bouée Le Videcoq avant la renverse, mais après : que va-t-il se passer quand la marée va redescendre le long de la presqu’île du Cotentin ?

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