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Les Quatre Fantastiques

Publie le 03/06/2017

Bienheureux celui qui prédit l’avenir ! Mais les devins de tous bords risquent fort de se casser les dents pour anticiper les résultats de cette 48ème édition de La Solitaire URGO Le Figaro… Non pas qu’il n’y ait plus de favoris tellement les multirécidivistes sont nombreux et aguerris, non pas que l’histoire de la course ne voudrait plus éclairer les pronostics à force de statistiques, non pas que les nouveaux venus ou les jeunes habitués ne seraient point encore suffisamment armés ! Classements précédents, victoires antérieures, scores d’avant-saison se bousculent au point de flouter toute vision programmatique… Surtout avec une première étape de tous les dangers entre Bordeaux et Gijón, via la Chaussée de Sein où la flotte va se faire secouer avant de s’enferrer dans les calmes ibériques.

À y bien regarder, les quarante-trois solitaires qui se présentent pour cette 48ème édition de La Solitaire URGO Le Figaro peuvent s’intégrer dans plusieurs des quatre groupes qui définissent les pouvoirs des Quatre Fantastiques : la force (La Chose), l’agilité (Mister Fantastic) la discrétion (La Femme invisible) et la détermination (La Torche humaine)… Pouvoirs qui ne sont que la transcription des qualités d’un Figariste : la résistance physique et l’endurance, l’adaptabilité aux évènements météo et à la situation stratégique sur l’eau, l’art du camouflage pour porter ses coups tactiques sans éveiller les soupçons, la flamme et la motivation pour ne rien lâcher jusqu’à la ligne d’arrivée.

La bande des Quatre

Et comme par magie, la flotte se scinde en quatre bandes qui rassemblent presque le même nombre de skippers qui présentent bien des caractéristiques similaires : dix novices qui veulent en découdre sur un nouveau format mixant trois parcours semi-marathoniens et un sprint, dix-sept solitaires qui ont déjà une à trois expériences de La Solitaire, onze coureurs avec dans la besace cinq à huit participations, quatre multirécidivistes qui cumulent plus de quatorze éditions ! Et logiquement les regards se tournent de préférence vers ceux qui ont déjà claqué la course, ou à tout le moins multiplié les podiums et les victoires d’étape… Ce qui commence à faire du monde !

Surtout que La Solitaire nous a habitué aux surprises depuis 1970 : d’abord parce que les supports ont évolué entre les premiers voiliers de série de neuf mètres, puis les Half-Tonners, puis les monotypes Figaro Bénéteau 1 et 2… Ensuite parce que les parcours et les conditions météorologiques ont toujours varié d’une édition à l’autre même si les terrains de jeu entre Manche, golfe de Gascogne, mer d’Irlande et mer d’Iroise ont toujours été privilégiés. Aussi parce que les skippers se sont renouvelés au fil des ans, intégrant de jeunes prodiges de la course au large comme des afficionados de la voile légère, simplifiant la navigation avec les GPS et les logiciels de routage météo en donnant plus d’importance aux réglages et à la vitesse grâce à l’évolution des pilotes automatiques. Désormais, il faut une très bonne connaissance de l’informatique embarquée, des fichiers numériques, des algorythmes et autres applications.

Une entame tordue

Or si tous s’enquièrent des soubresauts des bancs de sable qui parsèment les abords de Cordouan, le phare des Rois et le Roi des phares, qui « mouvent » dans cet estuaire girondin entre station balnéaire et coteaux viticoles, qui font tourbillonner les flots chargés de la Garonne et Dordogne, le passage en Atlantique ne devrait pas poser trop de problèmes aux régatiers, si ce n’est quelques premiers décalages longitudinaux. A suivre, le petit flux d’Ouest va progressivement s’incliner vers le Sud-Ouest, annonce d’un gros souffle au large des rugueuses côtes bigoudènes : une bonne claque est à attendre avec une mer forte dans un courant d’air violent et perturbé de Nord-Ouest, bien qu’éphémère.

Alors il sera temps de glisser vers l’Hispanie, en un long bord rapide sous spinnaker serré, puis de plus en plus lent au fur et à mesure que les étraves se rapprocheront des falaises asturiennes. Or c’est bien là, à quelques poignées de milles de la délivrance que la difficulté semble résider d’ici mercredi après-midi : les eaux ibères s’annoncent aussi apaisées qu’un lac helvète quand le ventilateur espagnol apparaitrait en panne d’alimentation… Comme dans les romans, c’est toujours à la fin qu’arrive le dénouement : qui en sera le héros ? Les oracles ne suffisent pas à éclaircir l’horizon.

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