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Petites histoires de solitaires…

Publie le 28/06/2019

A l'arrivée de la 50e édition de La Solitaire URGO Le Figaro, nous avons demandé aux skippers de nous raconter moments marquants, anecdotes et autres souvenirs de leur mois de navigation. Dans cette première partie, la parole est à Fabien Delahaye, Tanguy Le Turquais, Anthony Marchand, Cécile Laguette, Gildas Mahé, Corentin Douguet, Yann Eliès et Pierre Leboucher.

Fabien Delahaye (Loubsol) : « Mes cinq heures de mouillage par 41 mètres de fond sur le plateau des Casquets, qui resteront comme l’un de mes pires souvenirs de navigation. Je voyais le mot mouillage comme un truc sympa, là, je me suis retrouvé dans le bouillon avec quasiment 6 nœuds de courant, une mer qui est passée en quelques minutes d’un lac à une mer très forte, avec pas un nœud de vent, le bateau bougeait dans tous les sens, c’était très stressant. Ça tirait très fort sur le bateau, et surtout, il y avait des déferlantes qui le faisaient partir au surf par moments. Au début du mouillage, on était quatre, Adrien (Hardy), Yoann (Richomme) et Corentin Douguet, qui ont d’ailleurs tous les deux cassé leur mouillage. Nous, avec Adrien, on a tenu jusqu’au bout de la marée en ne faisant vraiment pas les malins. J’avais le couteau à côté de l’ancre, prêt à couper au cas où ça se passait très mal. »

Corentin Douguet (NF Habitat) : « Sur la dernière étape, il m’est arrivé un truc qui ne m’était jamais arrivé : la nuit après Owers, dans les orages, je me suis endormi debout et je suis tombé. Je me suis dit que j’étais allé un peu au-delà de la limite, je n’avais jamais été jusque-là. »

Yann Eliès (St Michel) : « Le moment que je garde, c’est un peu avant le passage du Fastnet sur la première étape quand j’apprends que les autres sont passés depuis quatre heures, alors que j’étais persuadé que je pouvais passer en tête. C’est dire la cruauté du moment, en une fraction de seconde, tout s’écroule, tu passes de tout à rien. J’en ai d’ailleurs discuté avec Xavier (Macaire), je crois que ça a été encore plus dur pour lui, car il y croyait encore plus que moi. Finalement, c’est à l’image de cette Solitaire : c’est souvent ou tout bon ou tout mauvais, ça a plutôt été tout mauvais pour moi cette année. »

Tanguy Le Turquais (Groupe Quéguiner-Kayak) : « Le 25 juin, j’ai eu 30 ans, et au petit matin, j’enroule Saint-Marcouf avec Loïck Peyron juste derrière moi, on était complètement à portée de voix. On était en train de manœuvrer, c’était compliqué, on devait passer de spi à gennak, et à un moment donné, Loïck s’arrête dans sa manœuvre, me regarde et me dit : « Je vous souhaite un joyeux anniversaire, jeune homme ». Je me suis dit que si, à 20 ans, on m’avait dit que je fêterais mes 30 ans sur la Solitaire avec Loïck Peyron en train de me souhaiter mon anniversaire, j’aurais été assez fier, c’était un super moment pour moi. »

Gildas Mahé (Breizh Cola/Equi’Thé) : « C’est forcément Aurigny. D’autant que, étonnamment, alors que l’AIS jusque-là ne marchait pas bien, il captait très loin, ça faisait 25 milles qu’on était passés et on voyait tous les autres au mouillage. Je me dis alors que l’AIS déconne, que ça doit être des vieilles positions, je vais cliquer sur l’écran pour voir l’heure de leur position, c’était une minute avant, je voyais en direct à la télé que tous les autres s’étaient arrêtés à Aurigny ! A ce moment, tu te dis : « Ce n’est pas vrai, j’ai pris dix heures de retard sur la première étape et je vais peut-être me refaire, c’est du jamais vu. » Je me dis que ça ne va durer, qu’on va se prendre le Fromveur à l’envers, que ça va retasser et non. Après, je retiens aussi le contournement d’Ouessant, on le fait très rarement sur la Solitaire, j’adore cet endroit, c’est hyper beau, le phare de la Jument, c’est un lieu chargé historiquement, ça rappelle les photos de mer de Plisson, on a grandi avec. J’ai trouvé ça génial de jouer là-bas. »

Anthony Marchand (Groupe Royer-Secours Populaire) : « Mercredi matin, le soleil ne s’était pas encore levé, mais ça commençait à être très lumineux dans l’atmosphère. Avant que le vent fort ne rentre, je décide de plonger pour retirer de grosses algues dans la quille, je me rends compte sous l’eau qu’en fait, il fait encore nuit, et surtout, qu’il y a plein de méduses, et je déteste ça ! Ce n’était pas agréable, mais je m’en souviendrai, parce que je n’ai pas traîné pour retirer les algues, je pense que ça m’a permis finalement de regagner des places. »

Cécile Laguette (Eclisse) : « Les invasions d’insectes à bord, j’en ai eu deux, une au départ de Roscoff et une près de Barfleur, c’était la folie, il y avait des centaines d’insectes à bord, des guêpes, des mouches. Du coup, j’ai trouvé une super technique pour m’en débarrasser, une bouteille d’eau à moitié remplie, ça donne une surface de contact assez épaisse et tu arrives à t’en faire vingt à la fois ! »

Pierre Leboucher (Guyot Environnement) : « A l’île de Wight, à un moment, je ne vois plus personne à l’AIS, je me demande où ils sont tous partis, je me dis que j’ai flingué ma Solitaire, que je ne suis pas au bon endroit. Je continue quand même, je tricote le long de l’île de Wight, tout déprimé, en me disant que je suis dernier, et puis, arrivé à la petite bouée après Owers, je vois plein de petits points rouges dans la nuit, mais derrière moi, je me dis trop bon coup ! »

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