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Quel costaud à Gijon ?

Publie le 06/06/2017

Au sortir d’une nuit de lundi à mardi dantesque, les skippers partis dimanche pour la première étape de La Solitaire URGO Le Figaro pansent leurs plaies pour les uns, appuient sur le champignon pour les autres, pressés d’arriver à Gijon pour échapper à une zone sans vent qui s’annonce sur la côte cantabrique. Les premiers sont attendus en début de nuit.

C’est encore groggy et soulés de coups, comme à la sortie d’un combat de boxe en douze reprises, que les solitaires de La Solitaire URGO Le Figaro joints dans la journée de mardi ont commenté leur deuxième nuit en mer, passée dans un vent établi de nord-ouest de 40 nœuds et une mer forte, à savoir des creux de 4 mètres. Car si le passage d’un front froid était annoncé, tous ont confié avoir été surpris par sa violence. “J’avais un peu sous-estimé la force du vent et l’état de la mer. Il a fallu barrer toute la nuit pour encaisser les grosses rafales de vent jusqu’à 45 nœuds”, a ainsi confié celui qui menait la flotte mardi matin, Adrien Hardy (Agir Recouvrement). “C’était une nuit assez tonique, on s’en doutait un peu, mais à ce point-là, c’était vraiment, vraiment chaud”, a ajouté Sébastien Simon (Bretagne CMB-Performance), troisième mardi après-midi, qui n’a pour autant pas ralenti la cadence, au contraire de Yann Eliès (Queguiner-Leucémie Espoir) qui reconnaîtra avoir “levé le pied”, d’où sa rétrogradation de la première place à la bouée Turquie de mi-parcours lundi soir à la cinquième une demi-journée plus tard.

Ces conditions dantesques ont inévitablement provoqué de la casse, parfaitement gérée par les intéressés qui ont su réagir en bons marins, provoquant les abandons d’Erwan Tabarly (Armor Lux), d’Anthony Marchand (Ovimpex Secours Populaire) et de Damien Guillou (Domino’s Pizza), rentrés aux Sables d’Olonne, mais aussi de Marc Pouydebat (Auto Malin), qui a mis le cap sur La Rochelle, et réduisant les chances de bien figurer à Gijon de Jérémie Beyou (Charal), Thierry Chabagny (Gedimat) ou Yannig Livory (Lorientreprendre), handicapés par des pertes ou déchirures de voiles.

Reste que le gros de la flotte a réussi à sortir indemne de ce front particulièrement chaotique et à se remettre en mode régate dans un vent et une mer de plus en plus maniables, bien qu’instables, au fur et à mesure de l’approche de Gijon. De quoi s’offrir un plat chaud – omelette pour Yann Eliès avec les quelques œufs sauvés de la tempête, blanquette de saumon pour Nicolas Lunven (Generali), risotto poulet-champignons pour le « rookie » Julien Pulvé (Team Vendée Formation), auteur d’une très bonne première étape – et surtout du repos de façon à gérer au mieux l’atterrissage sur Gijon, où les premiers sont attendus mardi à partir de 22-23h après deux jours et quelques heures de mer. Dans quel ordre ?

Mardi après-midi, Nicolas Luven menait les débats avec un demi-mille d’avance sur Adrien Hardy, moins de deux sur Sébastien Simon et Charlie Dalin (Skipper Macif 2015), tandis que Yann Eliès, Xavier Macaire (Groupe SNEF) et Alexis Loison (Custo Pol) restaient placés pour viser le podium. Tous, malgré la fatigue, n’avaient qu’une idée en tête : ne pas mollir pour arriver à Gijon avant que le vent ne tombe complètement sur les Asturies, ce qui laisse augurer une dernière nuit bien longue pour les marins les plus à l’arrière de la flotte…

Ils ont dit :

Adrien Hardy (Agir Recouvrement) : “J’ai passé le front mieux que les autres, j’ai tiré la barre après Rochebonne pour aller chercher la bascule à l’ouest. Comme la bascule est venue en deux fois par l’ouest, le décalage s’est avéré payant. Je suis content de ça, je ne m’attendais pas à avoir autant de gain sur un petit décalage, c’est une bonne surprise. Depuis ce matin, j’essaie faire des siestes parce que j’étais vraiment fatigué, mais ce n’est pas facile, on prend les sacs dans la figure, les toiles anti-rouli se cassent, j’ai pas mal de bazar dans le bateau…”

Alexis Loison (Custo Pol) : “Cette nuit, on ne va pas se le cacher, on s’en est pris plein la tête. Ce n’était pas simple d’avancer avec des conditions de mer vraiment difficiles. Il fallait faire en sorte de préserver le bateau, il y a eu 2-3 heures pendant lesquelles je ne pensais plus trop régate, mais plus à comment me sortir de cette situation. J’ai réussi à me caler quelques siestes en fin de nuit parce que j’étais vraiment cramé, j’avais du mal à tenir debout dans le bateau.”

Julien Pulvé (Team Vendée Formation) : “Dans l’ensemble, la nuit a été bien sportive, il y avait franchement de la mer, surtout au niveau du plateau de Rochebonne, c’était impressionnant de nuit. Heureusement, on avait une petite lune qui, de temps en temps, montrait son nez pour nous ouvrir la route. J’ai eu pas mal de pluie, deux ou trois violentes, pendant lesquelles je barrais en regardant le sillage. Maintenant, le soleil est apparu, le front pluvieux est passé, c’est beaucoup plus simple, ça permet de se reposer un peu et de préparer l’approche de l’Espagne.”

Nicolas Lunven (Generali) : “Quand même, c’était un peu chaotique, il y avait des vagues dans tous les sens, du vent très fort et rafaleux… de quoi s’occuper. Pour le moment, ça ne se passe pas trop mal. On est aux avant-postes avec Adrien Hardy et Yann Eliès, il y a d’autres bateaux pas très loin derrière, ça fait une première étape serrée entre les premiers. Le vent est encore un petit peu plus fort que prévu, ce qui est bon signe, car comme ça, il ne mollit pas trop vite et on continue à bien avancer vers Gijon. J’espère que l’on pourra arriver avec la fin du vent de sud-ouest en début de nuit avant que le vent ne dégringole. Le timing est serré, il ne faut vraiment pas traîner.”

Sébastien Simon (Bretagne-CMB Performance) : “C’était quand même vraiment chaud, tu fais gaffe à ne pas casser le matériel. A part les cagnards qui n’ont pas survécu, je m’en sors plutôt pas mal. J’ai essayé de ne pas faire claquer les voiles pour ne pas qu’elles s’abîment. Le vent est très oscillant pour aller jusqu’à Gijon, c’est assez usant, il faut toujours être à la barre, parce que le pilote a du mal à barrer dans la mer. Je suis trempé, j’aimerais bien me changer, mais je suis encore en train de me battre, je vais rester mobilisé.”

Yann Eliès (Queguiner-Leucémie Espoir) : ”Ça a quand même été sport. On était tous un peu trop toilés pour passer dans le front, on n’a pas trop eu le temps dans l’enchaînement du bord de spi, en partant au près, de préparer un truc qui aille avec les rafales de 40-45 nœuds. Idéalement, on aurait dû au moins prendre un ris dans le solent, mais une fois dans la mer, c’était quasiment impossible, trop dangereux. Je pense que c’est aussi pour ça qu’il y a tant de dégâts sur les voiles. Il fallait bien s’attacher, ce sont des petits bateaux qui, dans beaucoup de mer, font des embardées. Je suis sorti de là avec l’essentiel, c’est-à-dire, moi à bord et un bateau qui a l’air à peu près en état.”

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