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Sébastien Marsset : « Je suis dans les clous »

Publie le 15/06/2019

15e de la première étape de la Solitaire Urgo le Figaro à Kinsale, 12e de la seconde à Roscoff, Sébastien Marsset occupe la 8e place au général à mi-parcours, deuxième bizuth derrière Tom Laperche. Une satisfaction pour le skipper de Handicap Agir Ensemble qui a pris le risque de s’auto-financer pour cette 50e édition, espérant à l’avenir réunir des partenaires autour de ce projet.

Quel bilan dresses-tu de ta première partie de Solitaire Urgo Le Figaro ?
A Nantes, j’avais annoncé que mon objectif était de finir sur le podium bizuths à la fin de la Solitaire et de remporter une étape en bizuths, je suis dans les clous, c’est bien, et c’est même au-delà de mes espérances avec cette 8e place au classement général. C’est une très bonne surprise, maintenant, il ne faut pas crier victoire, nous sommes à mi-épreuve, on a vu qu’il y avait de très gros écarts sur les deux premières étapes, il y en aura probablement sur les deux prochaines. Moi, je continue d’aller à l’essentiel, ce que je fais depuis que j’ai reçu le bateau il y a un mois. La course a commencé à ce moment, j’avais très peu de temps pour mettre le bateau en configuration minimale pour essayer d’être performant dans ces délais et avec mes moyens. Il est un peu brut de décoffrage, mais ça ne m’empêche pas d’aller vite.

Comment juges-tu ta stratégie ?
Je trouve que pour l’instant, je tâtonne un peu : souvent, j’ai une idée de ce que je veux faire, mais je ne le fais pas pour des considérations tactiques, parce la flotte est très dense et que je n’ose pas prendre trop de risques par rapport aux autres. Je pense que j’ai des progrès à faire là-dessus pour plus marquer mes choix et les assumer, parce que je me rends compte que sur la deuxième étape, notamment au début, j’aurais pu mieux scorer si j’avais assumé. Quand je décide de glisser sous gennak pour aller vite sur la route parce qu’on attendait de l’ado, je ne le fais pas autant qu’Adrien (Hardy) et que Yoann (Richomme) parce que je vois qu’il y a un groupe au vent et que je me dis que je suis déjà relativement dessous, et en fait, il y a eu un nuage, tout le monde est resté bloqué dessous, puiscertains sont repartis au vent, d’autres sous le vent et moi, je suis resté bloqué au milieu. Ça a été affreux, je suis passé 35e à Bishop avec 15 milles de retard sur les premiers. Maintenant, je n’ai qu’une Solo Concarneau et deux étapes de cette Solitaire comme expérience en solo sur le circuit Figaro, c’est normal d’avoir encore une bonne marge de progression.

Tu débutes effectivement en Figaro, en même temps, ton profil plus large (Mini, Class40, Volvo Ocean Race…) n’est-il pas un atout sur ce nouveau Figaro 3 ? On voit que certains purs figaristes sont un peu désarçonnés de ne plus se voir à l’AIS…
Les mecs qui ont fait du Figaro pendant longtemps gardent un sacré avantage, parce qu’ils maîtrisent le format de l’épreuve qui reste très particulier, et la manière de naviguer. Par contre, c’est vrai que le bateau change pas mal la stratégie au niveau des angles, surtout au portant, mais aussi au reaching : à quelques dizaines de degrés près, on peut changer de voiles, donc accélérer. Ce sont des choses effectivement plus présentes sur un bateau comme le Class40 où on a des configurations de voiles similaires. Au niveau de l’utilisation de la garde-robe, il y a des règles que j’appliquais en Class40 que je transpose sur ce bateau.

Beaucoup jugent le bateau exigeant, quel est ton avis ?
Le bateau mouille beaucoup, parce qu’il est bas sur l’eau, chaque manœuvre à l’avant est bien engagée, mais ce que je trouve exigeant, c’est plus l’intensité qu’il y a dans la flotte : il y a tout le temps quelqu’un à côté, donc même quand tu as un coup de mou, quand tu en vois un à côté qui va plus vite, c’est difficile d’aller manger ou se reposer.

Comment te sens-tu physiquement à mi-parcours ?
Ça va, je trouve que j’arrive à bien récupérer, je n’ai ni pépins physiques ni pépins techniques, ce qui m’aide beaucoup parce que je n’ai pas les moyens d’avoir quelqu’un avec moi à plein temps.

Justement, de quels moyens disposes-tu sur cette Solitaire ?
C’est ma société qui finance intégralement le projet et offre de la visibilité à Handicap Agir Ensemble. Je suis en auto-financement total. L’idée, c’est d’investir pour générer la suite, je me fais plaisir en naviguant, en portant une cause qui en vaut la peine, je ne perds ni mon temps ni mon argent, en espérant qu’il y ait une suite avec des partenaires.

Pourquoi cette cause en particulier ?
Parce que la personne qui s’occupe du fonds de dotation Handicap Agir Ensemble m’a soutenu il y a dix ans en Mini 6.50, nous avons créé des liens forts. C’est un fonds de dotation lié à une association qui s’appelle l’Adapei Loire-Atlantique qui aide au quotidien 2700 personnes et leurs familles à faire face à des situations de handicap mental et psychique. Personnellement, j’adore naviguer, la course au large, mais le fait d’ajouter à cette passion ce lien avec le monde du handicap m’enrichit. C’est même une motivation supplémentaire et ça me permet de vivre des moments humainement riches, comme lorsque j’ai embarqué sur la descente de la Loire Paul, un jeune autiste qui fait partie du même club que moi. Ma volonté est de regrouper des partenaires qui se retrouvent sur ces valeurs d’entraide très présentes dans le milieu de la course au large, on l’a vu très récemment avec le drame de la SNSM.

Idéalement, sur quel projet aimerais-tu enchaîner ?
J’ai eu la chance de faire deux fois le tour du monde en équipage (sur la Volvo Ocean Race 2014-2°15 avec Alvimedica et sur le Trophée Jules-Verne à bord de Spindrift), j’aimerais pouvoir un jour le faire en solitaire, donc je vise le Vendée Globe en 2024. Ce qui donne du sens au fait de m’aligner en Figaro, parce que c’est une bonne école et qu’on s’y forme à la problématique des foils. Je dirais que cette Solitaire est la première pierre à l’édifice, en espérant qu’il y en ait d’autres derrière. Si je pouvais continuer la saison avec Douarnenez-Horta qui me fait très envie, ce serait sympa, c’est un beau format océanique, mais pour l’instant, le bateau est loué jusqu’au 2 juillet. Avis aux amateurs !

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