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Une étape balise

Publie le 15/06/2019

Très souvent, la troisième étape de La Solitaire URGO Le Figaro marque un tournant important : soit les dominations sont confirmées, soit la hiérarchie prend du plomb dans l’aile et la conclusion devient incertaine. Mais avec l’adoption du Figaro Bénéteau 3, les scénarios habituels semblent remis en cause. Or dimanche 16 juin à 14h00, les 46 figaristes en course prendront le départ d’une étape Roscoff-Roscoff avec deux traversées de la Manche qui s’annonce particulièrement délicate à négocier…

460 milles avec une brise qui monte et qui descend, qui tournicote et qui s’envole, sous un soleil plombant avec des grains voire des orages, dans une chaleur bienvenue et parfois excessive, avec des marées importantes et une lune pleine lundi… Les facteurs à prendre en compte pour cette troisième étape aller-retour depuis la baie de Morlaix sont multiples, surtout qu’il y a aussi l’ascendant psychologique acquis par le dominateur Yoann Richomme, la fatigue qui commence à s’accumuler avec des étapes dures et sollicitantes, sans compter les petits bobos (surtout aux mains) qui finissent par faire mal, les codes stratégiques à revoir et les angoisses métaphysiques sur le classement à la mi-temps…

Les champs de Videcoq

Le « champ des possibles » est ainsi très large avec cette brise de Sud-Ouest d’une quinzaine de nœuds qui va souffler au départ dans la baie de Morlaix, au coup de canon de 14h00. Un parcours côtier d’une dizaine de milles, puis direction Granville pour un long bord vers l’Est qui s’annonce rapide au début, mais dégressif à la nuit tombée pour devenir quasi nul au lever du jour. Avec 83 de coefficient lundi et une marée basse à Granville à 2h51’, il va falloir cravacher pour atteindre la bouée Le Videcoq avec le courant favorable… au risque de se retrouver au mouillage en attendant la renverse !

Surtout que ce flot d’eau sera bénéfique pour monter vers l’île d’Aurigny (60 milles), en face de la pointe du Cotentin, connue pour ses courants violents au raz Blanchard et entre les îles anglo-normandes. Bref il y a des opportunités à glaner et des rétropédalages qui vont coûter très cher ! Car ce flux de Sud-Ouest va s’étioler progressivement et au bout de 24h de mer, c’est une vaste zone de calmes qui pourraient engluer la flotte au large de l’archipel britannique. Les champs de vent à proximité des côtes à la mi-journée pourraient entendre le coq chanter plusieurs fois !

Le roc d’Eddy

Et à suivre, une première traversée de la Manche (90 milles) avec un obstacle à gérer : le DST des Casquets qui autorise une route dans son Sud (plus directe) et une dans son Nord qui offrirait plus de pression de vent… Direction la baie de Plymouth pour aller virer la bouée Hand Deeps, près du phare d’Eddystone. Et là encore, rien d’évident pour cette deuxième nuit certes lunaire, mais avec une langue de calmes à négocier jusqu’à la mi-journée de mardi… Avec une brise qui va s’orienter au Nord-Est, voire à l’Est ! Il est donc imaginable de mouiller par plus de 50 mètres de fond pour ne pas se faire balader par le courant de marée.

Et le calvaire ne s’achèvera pas près des côtes anglaises ! Il va falloir retraverser la Manche, passer près du Fromveur entre Ouessant et le DST où les courants sont très forts, déborder la Chaussée de Sein (à 130 milles de la bouée anglaise), embouquer le raz de Sein et le chenal du Four, puis passer la bouée Grande Basse de Portsall (50 milles) avant de piquer sur Roscoff à 35 milles… Or là encore, la brise ne devrait pas être très coopérative mardi soir et mercredi matin sur la pointe bretonne.

S’ils te mordent, mords-les

Il faut donc s’attendre à de nombreux rebondissements et surtout à la possibilité d’une échappée. Il est aussi fort probable que cette brise tourbillonnante et aléatoire associée à de forts courants de marée devant Granville, aux anglo-normandes, en baie de Plymouth, à Ouessant, à Sein et à Portsall provoque des césures irrémédiables, des fractures irréductibles, des cassures irrémissibles. De quoi re-baliser cette cinquantième édition de La Solitaire URGO Le Figaro avec des pataquès hiérarchiques, des chambardements stratégiques, des soubresauts commotionnants !

Mais avant d’envisager une arrivée probablement crépusculaire, les 46 solitaires qui s’aligneront devant la baie de Morlaix (retours de Julien Pulvé, Benjamin Schwartz, Alain Gautier, Thomas Ruyant, Martin Le Pape, Cécile Laguette, Cassandre Blandin, abandons ou non partants lors de la deuxième manche) devront composer avec une brise modérée de secteur Sud-Ouest et un courant de marée montante jusqu’à 18h31… Sous le regard de Madame la Ministre des Sports Roxanna Maracineanu ainsi que ceux de nombre de personnalités bretonnes pour le départ de ce troisième parcours de tous les possibles : une étape balise… une étape balèze !

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