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Une nuit de castagne

Publie le 05/06/2017

Ça cogne dans Gascogne : après une entrée en matière plutôt sereine et paisible, les conditions de navigation commencent à se dégrader en cette après-midi de Pentecôte : le vent de Sud-Ouest se renforçait progressivement, et les quarante-trois solitaires étaient sous spinnaker serré, en route directe vers le plateau de Rochebonne. Ils se préparaient à une nuit particulièrement mouvementée avec le passage d’un front violent…

Si la sortie de l’estuaire de la Gironde au louvoyage a établi une première hiérarchie, les écarts entre les leaders et le peloton restaient encore raisonnables. Puis la descente sous spinnaker au cœur d’une nuit paisible et étoilée n’a pas changé grand-chose si ce n’est que l’instabilité du vent a contraint les quarante-trois solitaires à adapter leurs réglages, plombant la possibilité de se reposer. Car c’est bien l’impératif de cette première étape entre Bordeaux et Gijón de 420 milles : engranger du sommeil pour affronter les humeurs acides d’Éole et de Neptune !

Un plateau en résistance

Car si le hors d’œuvre s’est avéré varié (du louvoyage, du spi, du petit temps), le menu est chargé avec un plat de résistance corsé : la dépression annoncée sur la pointe de Bretagne la nuit prochaine va aussi bousculer le golfe de Gascogne avec surtout le passage d’un front froid très actif entraînant une bascule brutale du Sud-Ouest fort à un flux de Nord-Ouest puissant ! Se préparer à digérer ce coup de vent, c’est aussi atteindre le plateau de Rochebonne au plus tôt pour ne pas avoir à faire du près contre une brise de plus de trente nœuds et une mer pyramidale : être en forme, c’est s’être bien alimenté et avoir cumulé du sommeil…

Avec l’arrivée du vent de Sud-Ouest en tout début d’après-midi (quinze nœuds à 14h00, forcissant 20 nœuds vers 17h00), les spinnakers ont fleuri avec des décalages déjà conséquents entre la tête de la flotte et la queue. Mais aussi parce que lors du passage devant Arcachon, la brise s’était écroulée et imposait de choisir son camp : bord au large ou route directe ? Ecarts en latéral, deltas en longitudinal, la flotte s’étirait en fin d’après-midi sur plus de douze milles Nord-Sud et près de quatre milles Est-Ouest. Mais tout cela devrait rentrer dans l’ordre quand tous les solitaires vont converger vers la bouée Sud Rochebonne. Car tous espèrent passer la marque avant le front…

Un front tanné

Car en quelques minutes, sous des trombes d’eau et un vent à décorner les bœufs, la brise va passer du Sud-Ouest au Nord-Ouest ! Or plus la bouée sera loin dans le tableau arrière, plus la zone rouge de cette perturbation sera rapidement franchie. Normalement, ce front est prévu sur la flotte au lever du jour ce qui permettra au moins aux leaders d’être éloignés du plateau de Rochebonne, connu comme un bon spot de pêche, mais aussi comme un mauvais coin avec ses hauts fonds.

Dans le vent de Nord-Ouest, les solitaires pourront rapidement s’extirper du mauvais temps mais avec une mer de travers qui ne sera pas facile à négocier. Au fil de la matinée de mardi, le vent de Noroît va s’essouffler jusqu’à perdre tous sens en approchant des côtes ibères : le final sera forcément à l’avantage des premiers qui pourront normalement franchir la ligne dans la nuit de mardi à mercredi avec encore un zeste d’air, ce qui ne sera pas forcément le cas pour leurs poursuivants… Et pour l’instant, le groupe des six (Nicolas Lunven-Generali, Yann Éliès-Quéguiner Leucémie Espoir, Alexis Loison-Custopol, Adrien Hardy-Agir Recouvrement, Éric Péron-Finistère Mer Vent, Erwan Tabarly-Armor Lux) possède une petite avance sur la meute emmenée par Anthony Marchand (Ovimpex-Secours Populaire), un delta qui devrait encore s’aggraver lorsque les violentes bourrasques de la nuit auront tanné les corps et les esprits.

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